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Domaine étranger La guerre est mon métier

janvier 2008 | Le Matricule des Anges n°89 | par Sophie Deltin

Yasser Arafat m’a regardé et m’a souri

Dans ce journal de combattant, il ne sera curieusement jamais question ni de convictions ni de fidélité à une cause, politique ou religieuse. Yussef Bazzi, né à Beyrouth en 1967, a à peine 14 ans lorsqu’il s’enrôle comme soldat dans une milice prosyrienne au cœur de la guerre civile du Liban (1975-1990). Pour ce « gosse » obsédé par l’idée d’acquérir le statut d’un « combattant à part entière », la guerre ressemblerait presque à un terrain de jeu où toutes les cicatrices sont bonnes à faire valoir. Sauf que sur le premier front venu, le jeune soldat désormais confronté à la possibilité permanente de la mort violente va très vite plonger dans une autre réalité - un étrange brouillard, « un grand calme qui nous tétanise, au cœur même de l’enfer des obus (…). Ce calme, ce silence, c’est la peur à l’état pur. » En ne craignant pas de décrire ces moments où le cœur cogne d’alarme jusque dans la gorge, Yussef Bazzi, devenu journaliste et poète, montre son effort à ne rien enjoliver, à ne rien minimiser non plus. Outre la terreur, c’est la crasse, la sueur, autant que l’instinct de cruauté, la jouissance effrénée qui, dans une langue brute, sobre de mots et jamais racoleuse, sont ici consignés. Car la guerre est aussi la puissance qui s’enivre d’elle-même, s’abîme dans un sentiment illusoire d’invulnérabilité, avec ses élans de vie saccageurs et sa sauvagerie féroce de volupté : sexe, drogues, trafics d’argent, tout code de conduite morale, même avec sa propre famille, s’en trouve annulé.
Mais écrire la guerre c’est souvent perdre les mots. Ainsi de ce chapitre de quatre lignes, où le souffle de la voix du narrateur qui rapporte la mort de ses trois camarades - « massacrés à la hache et à la baïonnette » - semble s’étouffer lui-même. Quand le récit s’achève en 1986, Yussef Bazzi projette de partir en Afrique. Avant, il a d’abord un bac à passer.

Yasser Arafat m’a regardé et m’a souri Journal d’un combattant de Yussef Bazzi - Traduit de l’arabe et postfacé par Mathias Enard, Verticales, 138 p., 14,90

La guerre est mon métier Par Sophie Deltin
Le Matricule des Anges n°89 , janvier 2008.