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Domaine étranger L’ivresse d’une filiation

janvier 2008 | Le Matricule des Anges n°89 | par Thierry Guinhut

À travers le portrait qu’il donne de sa mère, on découvre un Donald Antrim plus intime - et la source délirante de ses romans.

La Vie d’après

On connaît le romancier Donald Antrim pour volontiers loufoque, voire halluciné : dans Les Cent frères, une famille se réunit dans une bibliothèque pour un repas funéraire cannibale ; dans Le Vérificateur, un groupe de psychanalystes voit s’envoler un couple vers le plafond. Mais en rejoignant le clan des autobiographes, on ne s’étonnera qu’à peine de le voir aux prises avec une mère si compliquée, pesante, sinon castratrice. La réalité frôle en effet la fiction.
En sept « chroniques », le fils balaie sans pitié sa lignée familiale, son existence de « matricide », la vie et le cancer mortel de sa génitrice, tout en jetant les bases fragiles de « la vie d’après ». Ainsi, acheter un lit est toute une entreprise, une quête impossible et tourmentée : « Enfin, j’étais libéré de cette femme ! J’allais pouvoir m’acheter un grand lit et faire des parties de jambes en l’air et vivre ma vie ». Pourtant, il imagine qu’elle est « à l’intérieur du coûteux matelas », puis « en suspension au-dessus du sol (…) comme les anges dans les tableaux classiques ».
Une artiste excentrique ratée, une alcoolique et une fumeuse tyrannique, tel est le portrait de cette mère « volage et immature ». Les créations vestimentaires d’un baroquisme incroyable de cette « artiste originale et subversive », et dont les descriptions sont des morceaux de bravoure, puent le tabac. Ses engueulades nocturnes avec un père pitoyable terrorisent l’enfant de 15 ans… Jusqu’à sa mort, elle proclamait « qu’elle s’identifiait à moi » avoue notre lucide et touchant narrateur. On croise un oncle à la voiture gentiment excentrique et totalement « poivrot », un faux beau-père qui s’imagine posséder un Léonard de Vinci, une histoire tordue de testament, une « urne en plastique » pour les cendres de la grand-mère, un projet de voyage formulée par la mère à son rejeton (« Elle voulait une lune de miel avec moi ») un revolver posé entre le mari et la femme, des cures de désintoxication, des « serpents noirs » parmi les hallucinations et les delirium tremens… « Familles, je vous hais » disait André Gide. Le pire est que l’anti-héroïne de ce livre a réussi à se le faire dédicacer post-mortem…
L’auteur aborde son éducation sentimentale, mais surtout son éducation littéraire. Comme le jeune Sartre dans Les Mots, il explore la bibliothèque paternelle, avec une prédilection pour Tolkien et Wells, mais aussi, en bibliophile averti, la Bibliothèque Folger de Washington, palpant avec émotion un in folio de Shakespeare ou de Sidney. On aimerait alors que la présente autobiographie soit publiée parmi ces livres soignés dans leur reliure, leur typographie, qui ne sont pas seulement les « transmetteurs » du contenu, mais plutôt « les écrins et les apprêts de leurs contenus ». Il n’en reste pas moins que la littérature reste pour l’auteur associée au coffret Conan Doyle qui, la nuit de Noël, fut le témoin des débordements hystériques et éthyliques maternels, au point qu’en hurlant elle bascula avec le sapin. Plus tard, un livre retrouvé recèle la lettre d’une poétesse qui fut la maîtresse de son père…
On se demande dans quelle mesure Donald Antrim a exagéré ou atténué une telle odyssée de la filiation, dans quelle mesure il a pu garder ce qu’il faut de respect et de souci d’une vérité sans faille. Le tableau est hyperréaliste, non sans lyrisme contenu, par endroits teinté de rage : tout ce qui témoigne d’une force morale et d’une cinglante maturité de la part d’un fils qui conquiert enfin sa liberté grâce à sa plume. Par l’habileté de la construction, la grâce de l’écriture, cette autobiographie est également un roman vrai de formation. Parfois banal comme toute vie, parfois stupéfiant comme un long traumatisme, ce récit fonde une généalogie terrible, bien digne d’engendrer l’échec d’un homme ou la réussite d’un écrivain.

La Vie d’après
Donald Antrim
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Francis Kerline
Éditions de l’Olivier
224 pages, 21

L’ivresse d’une filiation Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°89 , janvier 2008.
LMDA PDF n°89
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