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Domaine français Intelligence artificielle

février 2008 | Le Matricule des Anges n°90 | par Benoît Legemble

Dans un futur immédiat, Robert Alexis nous conte le destin d’une jeune femme programmée par ordinateur pour incarner la nouvelle Eve.

Après le succès de ses deux premiers romans (La Robe et La Véranda, chez Corti), Robert Alexis revient en grande forme, doué d’une imagination plus fertile que jamais avec cette histoire de cyborg décliné au féminin. Les indications temporelles sont lacunaires, comme pour suggérer que ça pourrait être aujourd’hui. Pour le lieu, Alexis a choisi la Grosse Pomme, mégapole hallucinée, symbole d’une modernité à bout de nerfs. Quant à la trame, elle repose sur le parcours d’Yvonne Darnell, 22 ans au compteur, et entièrement formatée par le V.dee, un ordinateur ultra performant dont le programme est sans failles. Le V.dee sait tout sur tout, il est omniscient et a choisi Yvonne pour planter le rôle de l’Eve future au sein d’une humanité à la dérive.
Tel est le point de départ de Flowerbone, roman bigarré situé à la croisée des genres. Car le récit reprend les codes de la science-fiction. Il explore le sort d’un monde dans lequel le savoir des machines prive les hommes de leur intuition. Un monde en proie à l’absolutisation, en somme. Il faudra tout réapprendre, jusqu’aux gestes les plus simples. Robert Alexis anticipe sur l’avenir de nos sociétés avides d’assurance. Dans Ecce Homo, Nietzsche affirme : « Ce n’est pas le doute mais la certitude qui rend fou. » Il en va de même ici. Alexis ausculte le cadavre, prend la température du malade et entremêle les différentes catégories de récits comme pour mieux barrer la route aux idées reçues. Alors qu’on entre dans l’univers du fantastique, l’auteur change de cap et prend la direction du récit d’aventure à travers la rencontre du personnage d’Andréas, un aviateur sur le retour qui vit désormais des conférences au cours desquelles il raconte ses exploits d’antan. On plonge alors dans l’univers fabuleux des batailles aériennes de la Grande Guerre, « comme aux jours héroïques des pionniers », avec en arrière-plan le vrombissement des moteurs et le code de l’honneur de ces chevaliers des temps modernes. Andréas était chez les chasseurs. Une sorte de tête brûlée dont les faits d’armes ravissaient jadis les auditoires. Seulement aujourd’hui, il n’y a plus personne pour écouter, excepté peut-être Yvonne, qui est tombée sous le charme de ce défi vivant. Mais avant l’idylle entre ces deux rêveurs, il faudra plonger dans les bas-fonds de New York, à la lisière des cloaques immondes, au gré des parrains de la mafia qui mettront Yvonne sur le trottoir et des clients douteux, « peuple entier poussé par le désir, loin du bureau et du foyer conjugal, semé dans la nuit comme une flore tropicale toujours renaissante. »
Ainsi défilent les genres dans le paysage d’Alexis. À toute vitesse. Dans le rétroviseur subsiste une sorte de melting pot de ce qui fait la vie humaine, avec ses hauts et ses bas, mais à chaque fois servi par cet incomparable don de la description qui caractérise une écriture située dans l’intransigeance du verbe. Une simple chambre d’hôtel devient chez Alexis le vestige d’un monde qui peu à peu se délite, à travers « le cercle blanc des nappes sur les tables de chêne, les chandeliers, les vases munis d’une rose immatérielle, les colonnes de faux marbre dont l’abaque se perdait dans la nuit poussiéreuse du plafond. »
Reste alors à réfléchir sur l’avenir d’un monde qui ne pourra subsister sans réapprendre la danse des temps primitifs. À travers Yvonne, il s’agit de dire la nécessité de recouvrer une part d’humanité, au-delà des acquis du Programme. Elle qui connaîtra l’enfer de la rue et du viol y verra le signe inaltérable d’une remembrance des sensations féminines : « les poignets meurtris par les liens, le cou mordu, le ventre déchiré. Pour la première fois, je me savais, je me sentais, j’étais nue. » Au contact d’Andréas, qu’elle perdra puis retrouvera, elle connaîtra l’élévation suprême, le « douloureux plaisir d’aimer » qui fait de nous ce que nous sommes, avec nos faiblesses et notre fragilité, mais au-delà de la froideur marmoréenne des machines.

Flowerbone
Robert Alexis
José Corti
156 pages, 15

Intelligence artificielle Par Benoît Legemble
Le Matricule des Anges n°90 , février 2008.
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