La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger La chute d’un empire

mars 2008 | Le Matricule des Anges n°91 | par Thierry Guinhut

Sur le mode de la fresque, Jorge Volti explore les soubresauts d’une époque de transition à travers le destin de quelques dames.

Le Temps des cendres

Après la génération du Boum latino-américain, voici celle du Crack. La première était celle de Vargas Llosa, Fuentes, García Márquez, qui firent de ce continent un nouveau pôle de la littérature mondiale. Depuis les années 90, de plus jeunes contestent les thèmes obligés des Anciens : nationalisme, mythes et histoire locale, engagement politique, et se proposent de dépasser le cercle étroit des frontières. Ces sept plumes de la génération du Crack (dont Ignacio Padilla et Eloy Urroz) comptent un chef de file : Jorge Volpi. Il se fit remarquer par un vaste roman qui aurait pu être écrit par un Américain ou un Allemand érudit tant en histoire contemporaine qu’en physique : À la recherche de Klingsor (Plon, 2001) qui brassait l’épopée nazie à l’occasion d’une quête acharnée du responsable secret du projet atomique hitlérien par les Alliés. Posant donc qu’il ne peut y avoir de grands écrivains sans grands sujets (point de vue discutable) il récidive avec plus d’ambition que jamais et dans un esprit empreint d’un cosmopolitisme sans faille en prenant à bras le corps la guerre froide, l’Union soviétique et les États-Unis, puis la sortie du communisme.
Volpi commence avec une catastrophe symbolique : celle de Tchernobyl. La faillite de l’industrie nucléaire soviétique est celle de son régime à l’économie planifiée, aux cerveaux mis au pas, aux concurrences balayées, aux individualismes souffletés. Après ce prologue, on assiste à la présentation de personnages apparemment divers qui pour la plupart sont des femmes. Leur rôle mésestimé dans l’Histoire paraît ici magnifié. Une biologiste russe nommée Irina s’est mariée avec un parfait « homo sovieticus » devenu dissident, Arkadi Granine. Au-delà de l’Atlantique, Jennifer Moore, Américaine, travaille au FMI, tandis qu’Eva Halasz, une Hongroise immigrée devient un génie de l’informatique. Sans compter Alison, militante antimondialisation, écologiste terroriste et sœur de Jennifer, et la fille d’Irina, Oksanna, adolescente dérangée, chanteuse suicidaire, qui s’évade parmi les poèmes d’Akhmatova avant d’être assassinée. Tout ce petit monde anime et reflète les tensions et les évolutions de notre planète pendant la fin du XXe siècle. La surenchère militaire effrénée entre les deux grandes puissances, la mondialisation capitaliste, les soubresauts d’un tiers-monde corrompu (Zaïre et Mexique) les découvertes scientifiques, de l’industrie pharmaceutique au génome humain, tout est brossé à la faveur de ces femmes allégoriques.
Selon une recette éprouvée, le narrateur alterne le récit des destinées individuelles pour faire le portrait d’une vaste époque de transition. Elles sont à New York, Moscou, en Palestine ; partout, comme dans un show trépidant d’informations, où bouge le sang de l’Histoire, qu’il s’agisse de la vie, du progrès scientifique et économique, et de la mort. Volpi ne semble pas regretter la faillite des utopies communistes, mais peut-être son inquiétude, à la limite du catastrophisme, est-elle excessive lorsqu’il dépeint tant de démons : tyrannies diverses, course aux profits, manipulations génétiques et bactériologiques. Certes, le romancier peut être un avertisseur, mais à la condition de garder conscience du fait qu’il est plus facile de faire frémir ses lecteurs avec les spectres de la peur qu’avec la lucidité éclairée de la raison. L’avenir n’est pas que « cendres »
Même si, décantant une documentation impressionnante, Jorge Volpi est d’un didactisme un peu froid, on lui accordera une grande puissance d’évocation historique. À moins de regretter que lui et sa génération du Crack, en refusant le réalisme magique de leurs aînés, aient perdu un élan qui aurait pu donner à ce beau et sérieux roman une autre dimension : celle de la liberté romanesque, de la fantaisie poétique.

Le Temps
des cendres

Jorge Volpi
Traduit
de l’espagnol (Mexique)
par Gabriel Iaculli
Seuil
544 pages, 22,80

La chute d’un empire Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°91 , mars 2008.
LMDA PDF n°91
4.00 €