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Domaine étranger En toute discrétion

septembre 2009 | Le Matricule des Anges n°106 | par Sophie Deltin

Renouant avec ses thèmes de prédilection, l’auteur d’Un garçon parfait sonde à nouveau les visages et les masques d’une passion amoureuse.

À la fin des années 60, en pleine Guerre froide, Leo Heger, 20 ans, vient de fuir un pays de l’Est, quittant sa vie, sa mère Olga, une veuve solitaire, même Laura sa fiancée à laquelle il a dissimulé son départ, soigneusement planifié - « il l’avait trompée, s’avoue Leo alors réfugié en Suisse, il n’y avait pas d’autres mots, de quelque façon qu’on le tourne. » Vulnérable de ne se référer à rien ni personne et pressé de s’intégrer au plus vite pour poursuivre ses études de médecine, le jeune Leo reçoit comme une chance inespérée les cours d’allemand que lui prodigue gracieusement Martha Dubach, une femme d’une trentaine d’années, mariée et mère de famille. Tandis que les cours s’égrènent, les leçons rapprochent chaque fois davantage Martha de son élève, pas seulement parce que délaissée par un mari qui la trompe, Martha fait preuve d’une sollicitude et d’une capacité d’écoute rare - « comme si les mots étaient bus en elle comme par un papier buvard invisible » - et que Leo a l’aura du mystère, la densité d’un destin. Ce qui les rapproche, c’est la langue, devenue objet de partage, ce fil discret qu’ils tissent patiemment entre eux et qui finit par les emmailler. Existe-t-il un moment où l’assimilation d’une langue étrangère - « s’incorporer le langage comme le pain quotidien » - peut sauver de la douleur de l’exil et partant, redonner le sentiment du chez-soi ? Est-ce justement quand elle prend le pouvoir dans le for intérieur et devient l’outil de l’intime, ce par quoi nous pouvons trahir nos faiblesses, tous ces pâles fantômes et autres reliques d’un passé encore tiède ? « Pour apprendre la langue de Martha, il avait abandonné sa langue à lui, se livrant à celle-ci comme à une autorité incontestée, et il ne s’était pas aperçu que l’ancienne langue s’éloignait à mesure que la nouvelle prenait possession de lui, en même temps que le professeur (…). Avec la nouvelle langue lui étaient venus le désir d’elle et la concupiscence » (…) S’ensuit ainsi une histoire d’amour intense et tenue secrète. Mais Leo, un déraciné dans l’âme, n’a pas encore définitivement posé ses bagages, et tout aussi secrètement, il apprend l’anglais, bien décidé à vivre dans une autre ville, en Amérique. De là à affirmer, selon la quatrième de couverture, qu’il a « utilis(é) froidement toux ceux qui l’aident sans se préoccuper de leurs sentiments », cela nous paraît un rien abusif. Fidélité à soi, lâcheté envers les autres, l’auteur lui-même ne nous enjoint-il pas, plutôt que de juger, à observer silencieusement, à l’instar d’Andreas, le fils de Martha, dont la voix en prologue et épilogue du roman tente de recomposer la trame invisible de cette idylle perdue ?
Après le succès d’Un garçon parfait (prix Médicis étranger, 2008), Alain Claude Sulzer, né en 1953 près de Bâle, confirme, ici par un jeu sensible de points de vue introspectifs, son talent à sonder la part impénétrable d’existences solitaires qui quand elles parlent, disent toujours moins qu’elles n’en savent. A contrario, il n’est pas anodin qu’à de multiples reprises, Martha et Andreas se placent devant le père (et grand-père), reclus dans un mutisme « au pays de nulle part ». Comme si la garantie du silence, tel un miroir pour interroger sa propre identité, pouvait seule donner libre cours à une parole véridique, sans reste. Mais l’absence de parole, cela peut être aussi le refus de parler, une sorte de langage échoué qui reste en suspens d’être dit, révélé - ou pas… Élégante, tout à la fois feutrée et précise, on pourrait croire que l’écriture laisse voir jusqu’au fond de l’âme, il n’en est rien. Habité par le motif du regard et de la pétrification, le silence, qui revêt chez Sulzer la force sonore de mille éclats de verre, ne fait finalement rien d’autre que consentir au passage inexorable du temps.

Leçons particuliÈres d’Alain Claude Sulzer - Traduit de l’allemand par Johannes Honigmann, Éditions Jacqueline Chambon, 254 pages, 19,80

En toute discrétion Par Sophie Deltin
Le Matricule des Anges n°106 , septembre 2009.
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