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Domaine étranger L’île au deuil

septembre 2009 | Le Matricule des Anges n°106 | par Thierry Cecille

À partir d’un fait divers à la fois tragique et banal, Chloe Hooper nous fait découvrir un pays d’abandon et de désespoir - celui des derniers Aborigènes.

L’essor technologique et économique de l’Occident (aujourd’hui interrompu - pour toujours ?) fut dû en partie, on le reconnaît maintenant, aux bénéfices de l’impérialisme et de l’exploitation coloniale. Le mot d’ordre secret qui l’accompagnait était alors cette recommandation que Conrad place dans la bouche du Kurtz d’Au cœur des ténèbres : « Exterminez toutes ces brutes ! ». De l’Algérie de Bugeaud aux terres lointaines de l’Empire de Victoria, l’heure n’était pas à la pitié envers les races inférieures, ces sauvages à qui nous apportions la civilisation. Alors qu’en France d’aucuns tentent, en catimini, d’inscrire dans la loi les « bienfaits » (sic) de cette conquête exterminatrice, l’Australie, elle, sur le modèle de l’Afrique du Sud post-apartheid, s’essaie à la réconciliation : « Le 13 février 2008, le Premier ministre Kevin Rudd a présenté ses excuses officielles aux générations aborigènes spoliées. » Mais de telles déclarations sont sans doute dérisoires : c’est bien, au quotidien, dans les têtes et dans la chair de chacun que le passé demeure inscrit.
En novembre 2004, Cameron Doomadgee, jeune Aborigène, meurt en cellule, après avoir été arrêté pour troubles sur la voie publique. Est-il mort suite aux coups infligés par le brigadier-chef Chris Hurley - ou bien le décès est-il simplement accidentel, son foie ayant malencontreusement éclaté ? Alertée par l’avocat de la famille Doomadgee, qui lui demande de suivre l’affaire, Chloe Hooper va y consacrer plusieurs années de sa vie. Si son récit suit, chronologiquement, les diverses étapes (complexes, à épisodes) de l’instruction judiciaire (assez différente de nos procédures), il est en réalité savamment construit, mêlant aux pages de reportage des explications historiques éclairantes ou des aperçus ethnologiques sur les Aborigènes, de beaux portraits, des méditations personnelles. De fait, ce sera pour la narratrice une expérience profonde et douloureuse que cette découverte d’hommes et de femmes qu’au départ elle ne connaissait que de fort loin, à travers les préjugés et les clichés convenus. Elle va enquêter, arpenter ces territoires de la relégation et de la misère ( « une sorte de Goulag tropical » ), rencontrer celles et ceux qui ont perdu pied ou tentent de résister encore, avec leur « dignité bancale », à l’acculturation, au chômage, aux maladies (diabète, épilepsie), à l’alcool qui est pour beaucoup, dès l’adolescence, comme une tentation permanente.
« Une sorte de Goulag tropical ».

Par ailleurs, se sentant parfois « d’une blancheur incandescente », elle désire approcher au plus près le mystère de ce policier, blanc comme elle, à la fois ambitieux, honnête et violent, ce géant de deux mètres qui, pendant des années, a accepté de travailler dans ces lieux où certains de ses collègues n’auraient pas même daigné mettre un orteil. Que lui est-il arrivé ? Est-ce la violence qui est contagieuse ? A-t-il ressenti, peu à peu, un dangereux sentiment d’infaillibilité et de toute-puissance ? Ou bien le présent ne serait-il qu’une couche superficielle, recouvrant - très mal - de très longues décennies de racisme, d’extorsion et de meurtres ? Ici « l’histoire est si près de la surface, tellement omniprésente, qu’elle semble se dérouler parallèlement à la vie de tous les jours ». Même l’espace, le décor de ces vies brutales et délaissées, la végétation et la mer qui baigne ces terres qui pourraient être paradisiaques portent les blessures, les stigmates de ces pratiques qui manquèrent de faire disparaître totalement ce peuple. Mais sous le christianisme qui apporte à certains d’entre eux un secours aléatoire, un soutien spirituel, la magie ancestrale, parfois, les relie encore aux grands récits du passé, aux mythes de ce « Temps du Rêve » - avant que les blancs n’importent leurs cauchemars.

Grand homme Mort et vie à Palm Island
de Chloe Hooper - Traduit de l’anglais (Australie) par Antoine Cazé, Christian Bourgois, 394 pages, 24

L’île au deuil Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°106 , septembre 2009.
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