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Domaine étranger Bohème viennoise

octobre 2009 | Le Matricule des Anges n°107 | par Thierry Guichard

Dans Vienne et moi, l’artiste autrichien Günter Brus évoque ses années de vache maigre, les premiers pas de l’Actionnisme viennois, mais laisse peu de prises au lecteur pour appréhender sa biographie.

Il ne veut pas qu’on dise de lui qu’il est un peintre qui écrit et qu’on donne à son œuvre littéraire, constituée de romans, proses courtes et aphorismes le second rôle de son activité artistique. Pourtant, ces mémoires décousus ne plaident guère en la faveur de son souhait. En effet, l’écriture ici semble n’obéir qu’à des règles obscures de composition. Günter Brus dévale le récit de sa vie, de calembour en calembour, dans un slalom passablement chaotique. Les phrases s’enchaînent sans qu’on saisisse bien leur logique, comme si elles vivaient leur propre vie, tournant le dos à la pensée pour viser, au mieux, l’anecdote. À cela s’ajoute une absence assez considérable de repères, l’auteur préférant user de l’expression « à cette époque » plutôt que de dire laquelle. C’est comme si le temps était aplani, que chaque chose se valait et qu’il était par conséquent inutile d’imposer une hiérarchie aux souvenirs. Le passé simple dont use fréquemment la traduction joue le rôle de l’aplat pictural où la perspective est renvoyée aux vieilles breloques.
On peine d’autant plus à lire Günter Brus que celui-ci trempe ses évocations d’événements ou de personnalités dans un court-bouillon d’ironie. Ainsi évoquant une fois Peter Handke (qu’il rebaptise comme il fait de la plupart des noms propres en un jeu de mot que seules les notes de fin d’ouvrage rendent compréhensible) : « C’est alors que Peter Handkerchief entra en lice, le futur prétendant au prix Nobel, qui se priva des honneurs et des couronnes en raison de son engagement controversé et des attaques contre une presse uniforme. « Pour ce que ça lui a Serbie ! » »
On le verra croiser Elias Canetti, Thomas Bernhard ou Francis Bacon sans qu’on puisse tirer quoi que ce soit de ses rencontres. L’intérêt de ce livre ne réside donc pas dans l’éclairage qu’il pourrait apporter sur l’œuvre de l’actionniste, défenseur d’une avant-garde qui eut pour elle de naître dans une Autriche où cet art pouvait conduire en prison. C’est d’ailleurs le sens de la photo de couverture de l’ouvrage. On y voit l’artiste, peint en blanc de la tête aux pieds, maculé d’une coulée de noir qui le sépare en deux marchant dans les rues de Vienne. À ses côtés, un agent de police : « Lorsque je voulus me rendre de la Place des héros à la cathédrale Saint-Étienne, recouvert de peinture blanche, divisé en deux moitiés par un trait noir vertical, je fus arrêté par un policier posté au coin de la rue et condamné à une amende pour troubles de l’ordre public et outrage à la pudeur. » Aujourd’hui, ce genre de happenings est, en France du moins, subventionné par les collectivités territoriales qui en font la promotion dans les offices du tourisme…
Malgré les précieuses notes de Jacques Lajarrige, le traducteur, le lecteur a parfois du mal à saisir où on l’embarque. Ainsi lisant : « Dans une grande ville, on n’entend pas aboyer les chiens et on ne voit pas d’étoiles. Mais à Vienne, j’appris à connaître le sifflement des rats et le jeu de cithare du troisième homme » et se reportant à la note apposée au dernier mot, il comprend qu’il est fait ici référence au film The Third Man sans que cela l’éclaire beaucoup plus. L’écriture pourrait se donner ici les mêmes objectifs que le happening : surgir, surprendre et questionner. Mais Günter Brus ne se donne pas les moyens d’un tel surgissement. Sa prose, souvent plate, ne surprend pas. Vienne et moi dès lors apparaît plus comme un document que comme une œuvre. Pour happy few ?

Vienne et moi de Günter Brus
Traduit de l’allemand par Jacques Lajarrige
Éditions Absalon, 187 pages, 18,50

Bohème viennoise Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°107 , octobre 2009.
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