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Poésie Rouge blessure

janvier 2010 | Le Matricule des Anges n°109 | par Richard Blin

Livre d’éclats, d’empreintes et d’échos, Barbares de Pierre Vinclair trace son chemin poétique entre l’être et le rien.

Déjà auteur d’un roman, L’Armée des chenilles (Gallimard), Pierre Vinclair, né en 1982, publie une première œuvre poétique troublante, enfiévrée, grotesque parfois. Long poème en trois chants (Popée ; Chant du bouc ; Éloge du maître), Barbares tient autant du chant d’un rhapsode quelque peu éméché ( « Il ne savait qu’une chose, c’est qu’il fallait boire pour remettre de l’ordre dans le monde » (H. Broch), dit l’exergue), que d’une voix sans corps déclinant les mues et les divagations d’êtres aux prises avec le chaos du monde, son origine épique comme son impensé métaphysico-tragique.
Promiscuité archaïque des éléments, errances de la matière aveugle, danse d’affects sur fond de légendes, dans un tel monde la métamorphose se fait « métaformoses ». « Mélodie boiteuse du monde », « nœud de voix anciennes », emmêlements d’échanges et de déséquilibres, tout ici est mesuré à l’empan du poétique, et incarné par des entités ayant pour nom Popée « le clochard de l’être » ( et le reste amputé de l’(é)popée ?), Aka une sorte de double féminin, au nom « lancé comme un filet afin qu’elle en fasse son lieu, et même en soit prisonnière » YHWH, le Négateur, le sanglier, alias le « Sans Nom », Elle et Lui, dont les voix se croisent et se répondent. Composition fuguée, entretissage de motifs qui semblent obéir tout autant à un mécanisme onirique qu’à la réalité lacunaire d’une mémoire aussi philosophique que littéraire. Comme s’il s’agissait de donner à méditer ces signes mystérieux où s’enroulent et se reflètent le sens de paroles se cherchant un corps habitable.
La mise en voix d’un sacrifice fondateur.
Une façon de prêter voix aussi à ce corps barbare qui, étymologiquement, tient du bredouilleur et du bégayeur, n’existe guère dans l’Histoire que comme voix hantant la nuit déchirée du langage. Barbare, l’être à la croisée des chemins, hésitant entre nature et culture, prisonnier encore de ce réseau complexe de connivences et d’exclusions qui fait de l’homme un animal qui parle, erre et célèbre sur le mode du déchirement, les forces vives de la nature, comme celles qui trament son existence. « Il n’y a pas d’harmonie, vivre / est un syllogisme du crime ».
Du corps bestial à l’orgie sanglante de la guerre, c’est la sauvagerie conquérante de ce qui barbarise l’âme, ou la fait monstrueuse, comme disait Rimbaud, que Barbares module. Quelque chose comme la mise en voix d’un sacrifice fondateur, celui d’où naissent la parole et le vertige érotique. Et ce jusque dans la relation maître-élève. « Sous le maître la peau / se trouait sous le maître / derrière les vêtements // je voyais des jambes écartées sous la peau / je voyais // les ondulations d’une bête derrière l’omoplate derrière / ma nuque je sentais fondre et tomber des glaçons / sous la peau une bête parlait à une bête sous la peau / sous la peau ».
Renouant avec la très lointaine origine du chant d’un chant sans enchantement Pierre Vinclair cristallise l’inexprimé, mêle « à l’agonie des visions, la naissance de l’ouïe », creuse « dans les matières / les galeries du sens qui vient une forme / que n’emprisonnent plus les murets de la langue ». L’espace est anamorphosé, les données du temps sont altérées, et le poème se fait blessure ouverte, science sauvage de la vie, mirage diffracté de ce qui depuis l’immémorial refuse de déchanter.
Né de l’opposition de l’apollinien et du barbare, le poème chaotique, rougeoyant, décanté oscille sans cesse entre eucharistie détraquée et figures en travail du corps désirant et en mal d’unité. Mais c’est aussi de l’épreuve que suppose toute création qu’il témoigne, de ce qui en elle relève de la violence, de la souffrance et du chant.

Barbares de Pierre Vinclair
Flammmarion, 144 pages, 17

Rouge blessure Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°109 , janvier 2010.
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