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Domaine français Guantanamo

juin 2010 | Le Matricule des Anges n°114 | par Thierry Cecille

Sans doute toute société connaît-elle, à l’écart d’elle-même, ce qu’on pourrait appeler le lieu du secret, qui peut devenir le lieu du remords : des hommes y sont les victimes de la gigantesque machine qui par ailleurs assure la marche du monde. Les cachots de l’Inquisition où Voltaire plongea Candide et Dostoïevski le Christ lui-même, les soutes de ces navires négriers où croupissaient les futurs esclaves - et aujourd’hui ces prisons secrètes pour terroristes présumés, en Irak, dans certains pays européens complices, ou à Guantanamo. C’est vers ces quelques kilomètres carrés de l’île cubaine que Frank Smith dirige son attention, tend l’oreille. Ce livre, en effet, comme il le précise lui-même, « est fondé sur la publication par le gouvernement des États-Unis d’interrogatoires recueillis auprès de détenus ». Il ajoute : « Les membres des tribunaux et les détenus parlent - en voilà le point de départ. » De fait, depuis des années, les prisonniers attendent, victimes de la solitude et parfois de la torture, qu’au moins soit précisé le motif qui leur vaut cette détention. Mais Kafka règne ici (n’oublions pas qu’il écrivit La Colonie pénitentiaire) : on va exiger qu’ils collaborent en formulant eux-mêmes les chefs d’accusation qu’on invoquera ensuite contre eux ! Ces interrogatoires sont donc décisifs - et en même temps déraisonnables, presque impossibles. Smith use de différents procédés (avec maîtrise) pour les retranscrire en leur donnant tout leur poids : dialogues elliptiques qui confrontent deux « on » aussi impersonnels l’un que l’autre, suite théâtrale de « Question / Réponse » sans autres didascalies, monologue ininterrompu, alambiqué et haletant à la fois, usage de phrases au conditionnel pour évoquer les hypothèses de l’accusation, et même des sortes de litanies ou des poèmes en vers libre ou versets (qui, dans les pages les plus réussies, peuvent faire penser à la simplicité pathétique de Nazim Hikmet…). Ainsi pouvons-nous entendre ces voix réchappées, rescapées, qui demandent justice : « À vous je ne reproche rien / et je vous laisse juges, dit-il. / Je dis simplement que je suis très innocent, / dit l’homme enfin. »

Guantanamo
de Frank Smith
Seuil, 125 pages, 15

Guantanamo Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°114 , juin 2010.
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