C’est au sud-ouest de Paris que Ginkgo a établi ses quartiers, sous le signe de la « mutualisation ». Il partage en effet les locaux avec trois autres éditeurs, spécialisés en jeunesse ou à vocation pédagogique. « Cette formule présente beaucoup d’avantages dont celui de payer un loyer modéré », dit Reynald Mongne, qui sait manier les chiffres. Parallèlement à son métier d’éditeur, il garde une activité de consultant dans la gestion d’entreprise.
Originaire de Thouars, dans les Deux-Sèvres, notre hôte a l’esprit de famille. C’est avec son cousin, Pascal Mongne, historien et archéologue, qu’il crée sa première enseigne, Le Griot, en 1987. « Nous voulions faire découvrir des pays. Nous avons appris sur le tas. » L’un s’occupe de récits de voyage, l’autre de littérature étrangère, notamment russe et grecque. « Cette sensibilité est liée à mon parcours personnel. J’ai été marié à une Russe à l’époque de Brejnev. » Huit ans, 70 titres et trois faillites de distributeurs plus tard, Le Griot dépose le bilan.
La passion du duo renaît en 2000 avec des promesses de robustesse. Si Ginkgo préserve son tronc commun, il y ajoute quelques branches. Sous des jaquettes colorées, se révèle toujours un goût pour l’inexploré, à travers des journaux, des récits d’aventuriers, à pied ou sur mer, profitant de l’âge d’or du XIXe siècle. Là en Laponie ou en Sibérie tartare, ici en Amazonie ou aux Iles Kerguelen. Mais aussi des témoignages ou des fictions sur des sujets moins pittoresques : la guerre du Kippour, la colonisation en Afrique, les expériences de la rue à Mexico, les mémoires d’une dissidente…
Et puis chez Ginkgo, le sérieux n’empêche pas le dilettantisme joyeux. La collection « Biloba » arpente des versants excentriques, alliant ‘pataphysique et jeux de langage. Comme ces petits almanachs recensant plantes, inventeurs et métiers improbables, ou Le Brisset sans peine, hommage au « prince des penseurs », ou encore les lettres indignées de la dame d’Anjou, Ernestine Chassebœuf.
Reynald Mongne, comment s’est construit votre catalogue ?
Nous avons essayé de garder la même ligne directrice qu’au temps du Griot : publier des récits de voyage et des romans. D’ailleurs, le premier titre du Griot, Voyage au Mexique, 1858-1861, de l’explorateur et photographe français Désiré Charnay, a inauguré le catalogue de Ginkgo. Une sorte d’Indiana Jones ce Charnay ! Ce livre montre, comme beaucoup d’autres, le regard d’un voyageur sur une société qu’il ne comprend pas obligatoirement en raison d’un phénomène d’ethnocentrisme.
Y a-t-il une volonté de relire l’Histoire, de remettre en cause des acquis ?
Oui. Le Maître de la désolation, par exemple, est le récit d’un capitaine baleinier aux Iles Kerguelen. A travers ses mémoires, il apporte une autre vision de ce qu’étaient les débuts de l’exploitation des ressources marines, et qui annoncent nos actuels bateaux-usines. Je pourrais aussi évoquer La Route des Gitans de...
Éditeur Le proche et le lointain
février 2011 | Le Matricule des Anges n°120
| par
Philippe Savary
Maison d’édition plutôt mobile, Ginkgo offre un catalogue éclectique (romans, récits d’aventures, essais) pour témoigner de destins individuels qui ont accompagné ou subi l’Histoire.
Un éditeur
