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Poésie Less is more

mars 2011 | Le Matricule des Anges n°121 | par Emmanuel Laugier

Les poètes Robert Lax et Simon Cutts ont su dire l’infini d’un instant dans la forme la plus minimale du langage.

Si la « poésie concrète », d’abord appelée dans l’immédiat après-guerre « mouvement international de poésie expérimentale » (dont les précurseurs furent les frères Augusto et Haroldo de Campos), s’imposa assez vite, c’est en raison de la variété des supports sur lesquels elle travaillera (de la typographie à l’affiche en passant par la machine à taper familiale). S’ouvrant aux possibilités proprement matérielles du poème, notamment visuelles, mais aussi à la force matériologique qu’un simple mot répété à voix haute ou sur une page, peut produire dans la psyché, la poésie concrète, du moins celle de Robert Lax et de Simon Cutts, s’attache à dire la densité maximum d’une chose, d’une situation, leur rayonnement plénier, à partir d’un usage minimal du langage. Les tautologies qu’ils appliquent aussi au poème sont dignes de certains passages du Shobogenzo de Dôgen.

Sagesse et cocasserie.

Si les deux hommes sont nés à deux mers d’écart, Lax aux États-Unis en 1915 (d’origine juive il se convertit au catholicisme avant de rejoindre dès 1965 les îles grecques, et les pères orthodoxes du monastère de Patmos), Cutts sur le sol anglais en 1944, ils se rejoignent par la manche d’écritures étonnamment proches, tant par leur thème (le quotidien, les objets, les observations de la nature), que par les procédés langagiers eux-mêmes (répétitions, alignements de mots sans syntaxe, style direct, etc.). Le 1 2 3 de Robert Lax, bien qu’anthologique (1941 à 2000, année de sa disparition), respecte, selon son traducteur Vincent Barras, « la forme particulière de publication et de réception qu’assume son œuvre, ainsi que sa diversité formelle ». Des journaux titrés sobrement Caroline du Nord (1941-45), Hollywood (1947) à Acrobat hors, derniers carnets méditatifs où Lax applique « la fin de la ligne » à l’ensemble de ses oratorios, aux Nouveaux poèmes (1962) ou à ceux de Hommage à Wittgenstein (1970), on s’étonne que s’entrecroisent, ou se succèdent, voire s’empilent avec autant de simplicité, l’esprit de cocasserie, le trait d’humour, la douce ironie, la profondeur sans forfanterie ni esprit de sérieux, la sagesse et l’auto-dérision.
Les premières pages des carnets s’ouvrent simplement par « 18 juin 1941// C’est un nouveau cahier à écrire. Silencieux.// Grondement constant, égal, de l’océan/l’océan, calme, constant/l’océan, comme des pneus sur la route/comme un son de coquillage/comme la respiration/ah ». Passée la métaphore du coquillage, toute l’importance de la phrase revient à ce « ah », dans lequel se concentre toute l’existence silencieuse de celui qui écrit. Quelques jours plus tard, Lax ajoute, complément de lieu : « Ici, je suis assis sur la Côte d’Azur.// Homme en shorts bleus allume cigarette/Homme au dos rouge se penche/ramasse couverture./ Femme en maillot de bain noir l’observe ». Parmi ces descriptions littérales, il pose quelques questions : « Pourquoi les professeurs sont-ils tous abrutis ? », ou encore « Pourquoi y a-t-il trois magasins de chaussures l’un après l’autre dans la même rue ? ». On pourrait continuer à citer cette minimale dextérité avec laquelle la phrase de Lax se pose, aussi évidente que « Ombres d’arbres sur le mur, indistinctes/à cause du vent, mais soleil vif et défini », « entrelacs d’ombres de feuilles sur un chemin vert/sur une femme en gris/sur un dos nu ». Comme si entre le mot et les choses un passage s’établissait, que le mot portait toute la concrétude, la gravité, des choses existantes. Les Nouveaux poèmes, ainsi que Acrobat hors, réduisent encore l’usage de la syntaxe à quelques structures répétitives, les mots se coupent en milieu de syllabes, les phrases dégringolent en de petits bandeaux parallèles sur la page (effet d’optique) et forcent à une nouvelle articulation.
Simon Cutts s’inscrit lui aussi dans cette logique. Son livre, Monotonie, sous-titré « Tones of one note », rassemblant des poèmes écrits depuis 1967, est d’abord une suite d’expériences « directement ou littéralement transcrite, de quelque chose d’apparemment arbitraire dans sa banalité » : les textes y sont brefs, disent ce qu’ils disent, renvoyant peut-être leur silence au nôtre : « je cherchais/une salade/et j’ai acheté/un jupon », « sur le velours/de la nappe// les miettes de gâteau/sont cachées/dans les sillons/de mousse », « le chiffon fait/un petit désastre/au milieu// du service à thé/hors d’usage ». Tout est si ras que l’on pourrait n’y voir qu’une « prose soignée », mais il faut, au contraire, y entendre le perpétuel travail d’un « effort au style » par lequel il y a « versification » (Mallarmé).

Emmanuel Laugier

1 2 3
de Robert Lax
Héros-Limite, 240, 24

Monotonie
Simon Cutts
Traduits de l’anglais (États-Unis) par Vincent Barras
Héros-Limite, 104 pages, 14

Less is more Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°121 , mars 2011.
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