La rédaction Emmanuel Laugier
Articles
Des cals aux mains
Lettres à la Bien-aimée rassemble six livres (1989-1997) du poète Thierry Metz, l’auteur du Journal d’un manœuvre (1990) y donne à entendre des poèmes arasés comme des pierres charriées par la violence d’un éboulis.
Vie brève, vie minuscule, vie dans quoi un coin s’est fiché un jour de mai 1988, à la mort de son fils Vincent, fauché par une voiture sur la route proche de leur maison. Vie que celle de Thierry Metz, qui ne se remettra pas de cette mort, malgré la hargne, l’écriture. Malgré les pages bouleversantes des Lettres à la Bien-aimée (Françoise Metz, mère de leurs trois enfants) où Vincent revient parler, se plier dans les pages froides du livre qui y tente sa résurrection. Mais le Lazare des Metz, dans le chantier de leur vie, ne sortira pas de son tombeau. Lui s’y engouffrera, y engouffrera...
Un livre
La Face nord de Juliau (livres 1 à 10)
de
Nicolas Pesquès
Juliau, l’œuvre ouverte
La première moitié de l’aventure de La Face nord de Juliau, de Nicolas Pesquès, constituée de dix livres (sur dix-neuf), reparaît en un seul volume. Une somme comparable au travail de Cézanne autour de la Sainte-Victoire. Unique dans le champ de l’écriture, exceptionnelle quant à ce qu’elle scrute de l’expérience entre langage, mémoire et choses vues.
Le premier livre publié par Nicolas Pesquès paraît en 1988 (début du second septennat de Mitterrand). Il a d’abord été le fruit de trois ans de travail (1980-1983), il s’appelle La Face nord de Juliau (mont ardéchois du Bas-Vivarais, près d’Alba-la-Romaine, de 553 mètres d’altitude), est sous-titré « Tombeau de Cézanne » ; et celui de plusieurs années de patience (Louis-René des Forêts...
Au participe présent
Second livre traduit en français d’Antonella Anedda, Historiae est enserré par tout ce qui fait rage en Europe et à ses portes. S’y donnent à sentir, par-delà une lucidité bouleversante, ces vies qui sont les nôtres.
Poétesse, traductrice et essayiste, Antonella Anedda (née à Rome) a publié son premier livre de poésie en 1992, à 37 ans. Sept ans après, avec Nuits de paix occidentale (titre éponyme d’un choix traduit en français), le prix Montale la consacre. Le livre est puissant, une âpreté lucide le traverse et travaille à des vers qui s’enfoncent comme des clous dans les yeux du lecteur. Il est tourné...
Étoile filante
Saluée par Yves Bonnefoy, Kathleen Raine écrivit des livres ciselés par la douleur d’impossibles amours, dont l’emblématique Sur un rivage désert.
Cent trente brefs poèmes, si l’on excepte le liminaire et le final, agissant comme deux blocs compacts d’un ultime rachat, constituent Sur un rivage désert, opus central de la poétesse Kathleen Raine paru en 1973 sans nom d’éditeur avec simple mention « a sequence of poems ». Elle a alors 65 ans, est l’autrice de sept livres de poésie et d’essais sur William Blake, Yeats, tous deux capitaux...
Un livre
La Voie de la simplicité
de
Milena Jesenska
La Voie de la simplicité de Milena Jesenská
Les éditions Mater, fondées en 2024, trois titres au catalogue, veulent donner voix à des femmes oubliées, ou dont on se souvient parfois qu’à moitié. Le volume de La Voie de la simplicité est accueilli par une maquette impeccablement pensée à la couverture minimale (les lettres, fuchsia, contrastent sur un fond vert profond) façon Bauhaus. De son autrice, quel lecteur de Franz Kafka ne se...



