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Domaine étranger Fresque vivante

avril 2011 | Le Matricule des Anges n°122

La traduction des mémoires d’un vieux poète yiddish par un jeune catholique américain brasse les événements de leur vie en une émouvante allégorie sur le langage.

Chansons pour la fille du boucher

Peter Manseau nous convie avec ses Chansons pour la fille du boucher à un vaste périple partant de la Russie révolutionnaire de la fin de la Première Guerre mondiale, parcourant le New York de la grande crise des années trente, pour finir à Baltimore à la fin du XXe siècle. Ce premier roman d’un écrivain né en 1974, professeur à l’université de Georgetown, entrecroise deux vies, celle d’un poète yiddish de 90 ans avec celle d’un jeune homme qui traduit ses mémoires. Ce jeune homme, sans nom, ressemblant étrangement à l’auteur, travaille dans un entrepôt de livres géré par une association culturelle juive. Catholique, récemment diplômé de l’université, il a obtenu cet emploi grâce à ses quelques connaissances de l’hébreu. Mais les livres qu’il classe ne sont pas écrits en hébreu mais en yiddish.
En d’étonnantes circonstances il va retrouver à Baltimore vingt-deux carnets remplis d’une méticuleuse écriture en yiddish, celle du poète Itsik Malpesh, le récit minutieux de toute une vie. Il les traduit convaincu que ce travail lui apportera une « délivrance ». Ainsi le roman se déploie à deux voix alternant les mémoires d’Itsik Malpesh avec les « Notes du traducteur ».
Né à Kishinev qui faisait à l’époque partie de l’Empire russe, Itsik apprend tout enfant, l’existence d’une petite fille de quatre ans son aînée, Sasha Bimko, la fille de l’abatteur ritualiste, qui lui aurait sauvé la vie le jour même de sa naissance lors d’un pogrom. Sasha, qu’il ne connaît pas, va devenir sa muse. A 16 ans, apprenti imprimeur, il embarque dans un bateau pour New York afin de fuir l’antisémitisme qui sévit en Russie. Caché dans une malle remplie de caractères d’imprimerie « autant de lettres en désordre qui attendaient toutes d’être assemblées », il rejoint les États-Unis. Itsik écrit des poèmes d’amour à l’attention de Sasha tout en gagnant sa vie dans un atelier de confection. Il côtoie des écrivains et poètes yiddish, ardents défenseurs de leur culture qu’ils sentent se dissoudre imperceptiblement dans le mode de vie américain. La seule digue est celle de leurs poèmes, écrits à la main sur le moindre bout de papier, poèmes lus en réunions, mots en exil dont la magie recrée sans cesse le territoire de leur passé.
Des changements s’opèrent autour de la relation entre « l’auteur qui est traduit et celui qui le traduit ». Les coïncidences entre leurs deux existences se multiplient, faisant écho comme autant de signes à déchiffrer. Le roman se déploie ainsi en « mille résonances », troublantes manifestations de la présence obsédante du destin « bashert ».
Être le dernier poète yiddish, c’est assumer un poids terrible, celui d’une culture qui s’éteint et des mots qui lui survivent. Quant à son jeune traducteur ce n’est pas anodin qu’il se fasse passer pour juif par amour de Clara Feld la jeune fille qui travaille avec lui au centre culturel. Et consacrer sa vie à un langage, une culture, une littérature auxquels rien ne vous prédestinait ne l’est pas moins. Les vies d’Itsik et de son traducteur se nourrissent l’une de l’autre. Par l’amour qui lie Itsik à Sasha et le traducteur à Clara, le langage se dote de nouveaux pouvoirs, les mots acquièrent des sens insoupçonnés. « Être amoureux d’une croyante ne transforme pas aussi profondément votre vision du monde que devenir croyant, mais allongé aux côtés de Clara cette nuit-là je me demandais si cela n’était pas presque la même chose », reconnaît le jeune traducteur. L’amour, le langage ouvrent sur d’autres sensibilités, d’autres cultures, et les mots permettent encore d’accéder à une autre façon d’être que celle de son éducation. Seraient-ils le dernier rempart contre l’uniformisation inquiétante de ce monde ?

Yves Le Gall

Chansons pour la fille du boucher
Peter Manseau
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Cazé
Christian Bourgois, 532 pages, 23

Fresque vivante
Le Matricule des Anges n°122 , avril 2011.
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