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Domaine français Se tuer au travail

mai 2011 | Le Matricule des Anges n°123

Marin Ledun livre un roman-réquisitoire sur le harcèlement professionnel. L’enfer, c’est le bureau.

Les Visages écrasés

Le monde du travail est, étrangement, une trame assez peu exploitée dans le roman noir. Il y a des exemples bien sûr (on pensera à la folie meurtrière d’un cadre licencié dans Le Couperet de Donald Westlake ou encore au devenir de l’usine Metaleurop évoqué par Pascal Dessaint dans Les Derniers Jours d’un homme), mais ils mettent rarement autant en lumière, de l’intérieur, le déraillement du management que le roman de Marin Ledun.
Dans un centre d’appels de la banlieue de Valence, sont entassés sur un gigantesque plateau open-space des dizaines de télé-opérateurs (l’actualité de France Télécom n’est pas loin). Carole Matthieu, divorcée, la quarantaine, y est médecin du travail. En première ligne donc, depuis des années, pour entendre la souffrance de ses « patients », les voir craquer, sombrer dans la dépression, l’alcool ou la violence (contre les autres ou contre eux-mêmes). Elle les connaît, de la femme de ménage au directeur, jusque dans leur intimité : « Trop de petits secrets passent par mon cabinet. » Mais malgré ses efforts pour sauver ceux qui peuvent l’être, ce rôle de confidente est la croix trop lourde dont elle ne parvient à se défaire que grâce à l’usage effréné de petites pilules miraculeuses. Elle carbure aux amphétamines pendant que les employés suent de peur sous la houlette de cadres parfois incompétents, souvent vicieux. Marin Ledun ausculte ici tout le fonctionnement d’une grande entreprise. Du DRH complaisant au directeur méprisant se retranchant derrière « la crise » et les impératifs économiques ; des syndicats et autres représentants du personnel informés des suicides ou de la santé perturbée des salariés mais qui s’en servent dans leurs négociations internes plutôt que d’y mettre fin ; des managers harceleurs aux employés victimes qui font le gros dos tant que « cela » tombe sur « les autres ». Entrecoupant son roman de notes internes, d’échanges d’e-mails des N+1 à leurs subordonnés, de rapports de psychiatres ou d’inspecteurs du travail, Ledun ajoute un « aspect de réel » quasi documentaire aux faits décrits.
Parmi les victimes, un certain Vincent Fournier vient voir régulièrement Carole Matthieu. Elle a posé son diagnostic : il est au bout du rouleau, épuisé par sa placardisation après des années de bons et loyaux services, les ordres et contre-ordres réguliers, les injonctions paradoxales, les objectifs délirants et impossibles à atteindre, les humiliations claires ou voilées, le management de la menace et du flicage permanent. « Ce type allait mourir. Il n’était plus maître de son destin. (…) Ses bourreaux (…) décidaient à sa place. Je parle de meurtre là. (…) De fossé abyssal entre les intentions, le chiffre d’affaires et les résultats. Je parle de la mort d’un homme. Du monde du travail d’aujourd’hui. » Elle décide de faire d’une pierre deux coups : aider cet homme à se libérer – elle le drogue, l’amène à son bureau et lui tire une balle dans la tête – et faire exploser, par effet boule de neige, le scandale de cette organisation du travail qui brise des vies. Mais ce n’est que le début d’une descente aux enfers… L’enquête de police qui est ouverte et la dérive de ce médecin tentant de justifier son meurtre permettent à Marin Ledun de construire un bon roman noir à caractère social, véritable réquisitoire contre l’entreprise telle qu’elle va. Mais sa volonté de marquer cette charge peut sembler trop prononcée, comme si l’auteur s’était laissé débordé par son matériau sur les risques psycho-sociaux, multipliant les répétitions d’un « discours sur » qui prend parfois le pas sur l’intensité de l’intrigue. Sans doute y a-t-il là le désir, comme celui de Carole Matthieu, de faire comprendre que le processus de harcèlement n’est pas le fait de seules personnes mais de tout le système, que chaque échelon de la grande pyramide-entreprise, médecin du travail compris, est complice.

Lionel Destremau

Les Visages écrasés
Marin Ledun
Editions du Seuil, « Roman noir », 324 p., 18

Se tuer au travail
Le Matricule des Anges n°123 , mai 2011.
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