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Domaine étranger Toutes les larmes

novembre 2012 | Le Matricule des Anges n°138

Certaines n’avaient jamais vu la mer

C’est un épisode tout à fait méconnu de l’histoire américaine que nous révèle Julie Otsuka. Au début du XXe siècle, un petit peuple de jeunes filles japonaises traverse l’océan dans des conditions désastreuses pour trouver un époux blanc, parmi les fermiers de l’Ouest en manque de compagnes. Loin d’être ravis par leur exotisme, les hommes n’ont guère pitié de ces créatures déculturées. Ils leur procurent des nuits de noces sacrificielles, le plus souvent dignes de brutes, et pendant la plupart de leurs existences, le mépris, les durs travaux fermiers. Après que leurs enfants ont oublié le peu de leur culture native qu’elles ont pu leur enseigner, lors de la Seconde Guerre mondiale, ces innocentes sont soupçonnées de traîtrise, d’espionnage, puis déportées, abandonnant leurs biens… Parfois, aiguillonnées par des rêves d’ailleurs, dans leurs lettres envoyées au pays, elles mentent pour ne pas avouer qu’elles ne sont que des « bonnes ».
Le roman, plein de sensibilité, devient alors une plaidoirie pour ces femmes aux rêves outragés, un réquisitoire à l’encontre de leurs bourreaux, si peu l’expression d’une satisfaction, au point que leurs voix entremêlées s’épanouissent intérieurement et collectivement à l’instar d’un chœur de tragédie grecque : « Nous avons accouché sans nos mères, qui auraient su exactement quoi faire. (…) Nous avions attrapé une blennoragie dès la première nuit avec notre mari et nous avons eu des bébés aveugles. » On se demande : « Existe-t-il une tribu plus sauvage que celle des Américains ? »
Julie Otsuka (née en 1962) s’est inspirée de sources historiques parfaitement documentées. En son court roman, à la lisière du poème en prose, ce qui aurait pu ne rester qu’un reportage devient, grâce à une langue faite de cent langues individuelles, une poignante épopée chantée.

Thierry Guinhut

Certaines n’avaient jamais vu la mer
Julie Otsuka
Traduit de l’anglais (états-Unis) par Carine Chichereau,
Phébus, 144 pages, 15

Toutes les larmes
Le Matricule des Anges n°138 , novembre 2012.
LMDA PDF n°138
4.00 €