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Domaine français De père en fils

janvier 2013 | Le Matricule des Anges n°139

Nouvelle parenthèse romanesque dans une œuvre poétique, le dernier livre de Guy Goffette est un hommage filial empreint de tendresse.

Géronimo a mal au dos

Guy Goffette : Sans légende

Pour beaucoup, Guy Goffette est avant tout un poète. En attestent les distinctions reçues ces dernières années pour l’ensemble de son œuvre, comme le Grand Prix de Poésie de l’Académie française ou le Prix Goncourt de la poésie. Mais lors des « traversées du désert en poésie que la vie (lui) impose », comme il le dit à Yves Leclair, son biographe, il s’adonne au genre romanesque. Géronimo a mal au dos établit d’ailleurs un continuum avec un de ses précédents livres, également d’inspiration autobiographique. À la narration de ce nouvel opus nous retrouvons en effet le Simon d’Un été autour du cou, paru en 2001. Cette fois, il porte le deuil de son père. « Avec le temps, les choses apparaissent sous un tout autre angle, (…) et je ne suis plus très sûr, maintenant que te voilà allongé bien raide et tout glacé dans ton chêne de premier choix, (…) de ne pas m’être trompé du tout au tout sur ton compte, papa ». Moment de doute pour Simon, « le fils indigne », dans ce récit qui vient, sur le ton de la mélancolie douce, saluer la mémoire paternelle. C’est comme si la mort autorisait, d’un coup, quelque chose comme l’indulgence et, peut-être, la tendresse. Avec la disparition de ce père taiseux sonne la fin des hostilités : « Maintenant que te voilà de l’autre côté, (…) est-ce que tu comprends mieux ce fils aîné qui t’aimait sans le savoir, parce que la crainte des pères est une nuit en plein jour pour les enfants ».

Remonter le temps.

Le temps des adieux est aussi celui des aveux. Inutiles désormais, masques et silences tombent et il s’agit pour le narrateur de n’en laisser aucun descendre au tombeau. De là l’interpellation incessante de Simon qui s’adresse directement à son père pour essayer, avec le recul, de mieux cerner sa personnalité. Ainsi se dessinent parallèlement le portrait d’un homme dur ayant mené une « vie petite, sans ambition » et celui de ce fils réfractaire. Dans une succession de scènes souvent anecdotiques, Simon rend compte des rapports difficiles qu’il a entretenus dans sa jeunesse avec ce « pater familias » rugueux. Proche et lointaine à la fois, cette figure d’autorité lui a toujours paru contrariante. Au quotidien, celui qui était (trop ?) affectueusement surnommé Géronimo par les siens fait vivre à son fiston un « petit enfer domestique ». Des années durant père et fils se feront ainsi face comme chien et chat : d’un côté « le tyran du devoir », de l’autre le « mouton noir ». Cette guerre des contraires donne l’occasion au narrateur d’évoquer les origines de sa vocation de « coureur de chimères ». Ah poète, l’insulte suprême dans la bouche du père qui se récrira, un jour de colère : « Bon sang de bonsoir, mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter un fils pareil ? et saltimbanque, en plus ! ».
Cette vie de saltimbanque à laquelle Guy Goffette a toujours aspiré, tout comme Simon en qui il a mis beaucoup de lui, Yves Leclair en feuillette les chapitres dans un essai monographique qui sans cesse croise textes et biographie. S’y fait entendre la tonalité d’une œuvre chaleureuse et truculente. Leclair y donne à voir un Goffette en « drôle d’indien » qui se prosterne devant un totem nommé fiction : « Au vrai, tout n’est que fiction, du journal intime au poème, en passant par le roman qui délivre un autre monde d’approche de notre réalité, plus universel et intime à la fois (…). Poème ou roman, sans légende ou légende, la fiction est une forme de rédemption ». Dans un entretien avec Leclair, Goffette confirme : « Faute d’une imagination créatrice puissante, je brode autour de ma vie, de mon enfance surtout ». La fiction est avant tout une machine à remonter le temps et parfois, comme dans Géronimo, une machine à retisser du lien avec ceux que nous n’avons pas vraiment su aimer de leur vivant.

Anthony Dufraisse

Géronimo a mal au dos
Guy Goffette
Gallimard, 176 pages, 16,90
Guy Goffette : sans légende
Yves Leclair
Éditions Luce Wilquin, 265 pages, 25

De père en fils
Le Matricule des Anges n°139 , janvier 2013.
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