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Domaine français Apocalypse song

janvier 2013 | Le Matricule des Anges n°139

Avec ce premier roman, Claudio Ceni tente de reconstruire un après 11-Septembre. Touchant et beau.

Des êtres se jettent dans le vide en se tenant par la main. Deux, trois, quatre… ont décidé de mourir ensemble. Pas vraiment un choix, les tours jumelles sont en train de s’affaisser. Peut-être un dernier pied de nez à la fatalité. Un acte solidaire contre la barbarie. Sont-ils collègues de bureaux, amis, parents ? Nul ne le sait. L’image traverse et hante le roman. Au ralenti, les corps n’en finissent pas de chuter. Que faire de cette image ? « Il faut que l’image ait l’air presque fixe. Il faut qu’un simple coup d’œil jeté à cette image laisse croire tout d’abord qu’il s’agit d’une photographie. Puis le cerveau éprouve comme un instant de malaise, le doute s’insinue, l’image se met à bouger imperceptiblement. »
Dany se la repasse sans cesse. C’est un des neuf personnages du roman. Il fait partie du noyau familial éclaté autour duquel gravitent amis, confidents et une sorte d’icône héroïque, un pompier de Manhattan. Dany est artiste et travaille en Suisse. Robert, le père, n’a ni sauté, ni essayé de se sauver. Il est resté à son bureau, devant l’ordinateur, spéculant jusqu’au dernier moment sur les conséquences économiques des attentats. Mettant sa famille financièrement à l’abri. Écrivain improductif, il fut poussé dans le monde des affaires par son patron pygmalion du fait de son côté novice, sa créativité. Bien malgré lui, il y réussit. Peut-être après avoir raté sa vie ? Aujourd’hui fantôme, il continue d’exister. Commentant les situations, rappelant le passé, relativisant. Sam, la mère, essaye de se reconstruire par l’écriture, les anti-dépresseurs et l’alcool. « Je voudrais un chant, oui, c’est un chant qu’il nous faudrait. Un chant de larmes et de viscères. » Virginie, la fille en prison à Barcelone, pour trafic de drogue, au moment de la destruction des tours, s’oppose à elle. La brouille est totale. La fille accuse sa mère d’avoir détourné le père d’une brillante carrière littéraire. À l’aune des catastrophes, les bisbilles, les destins individuels représentent bien peu de chose. La thématique du roman tourne autour du sens à donner à la vie, à la réalisation personnelle. Comment s’extirper de l’horreur, de la douleur, mais aussi du futile, de l’aliénation de nos sociétés, de la consommation à outrance de produits, d’images ? Par l’art ? Une pensée collective voire cosmique à l’instar de cette phrase de Krishnamurti : « Ma conscience est le monde. » Réunir les extrêmes comme les deux parties d’un visage. Retrouver une forme d’harmonie ?
Claudio Ceni, né à Lausanne en 1965, artisan graphiste, féru de Yi-King a construit son ouvrage à la manière d’un dépliant éclaté ou d’un tableau polyptique. Sur chaque panneau, les personnages apparaissent, disparaissent, semblent parfois glisser, ricocher. Un narrateur anonyme les décrit ou les tutoie, les impliquant, les désobjectivant, les décalant, tout à la fois. Des « je » introspectifs s’installent. Des dialogues s’instaurent dans une sorte de chambre d’écho. Des voix d’abord sourdes, atones s’élèvent pour laisser place à une polyphonie ponctuée de sonorités métalliques.
Après les images de destruction, les tonnes de gravats, les nuages de poussière, un autre paysage apparaît. Sous la brume, les rives d’un lac… Il y a ici quelque chose du Nouveau Roman, de l’univers d’Echenoz, de l’écriture de théâtre, minimaliste, sans emphase, ni décorum qui réinvente et surtout ré-autorise après le chaos, la Beauté. Une sorte d’Apocalypse. Peut-être un art zen de la narration. « Et pendant ce temps, la galaxie d’Andromède vient vers nous à la vitesse d’un million de kilomètres à l’heure. »

Dominique Aussenac

Ultime adresse
Claudio Ceni
Infolio, 250 pages, 20

Apocalypse song
Le Matricule des Anges n°139 , janvier 2013.
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