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Domaine français Comme un cheval cabré

octobre 2013 | Le Matricule des Anges n°147 | par Richard Blin

Sortir de la résignation, trouver le lieu à partir duquel le temps se fait effervescence, tel est le credo des Carnets de Nadine Ribault.

Carnets de Kyôto - Dans la forêt de la vérité

Pour sortir de l’état de stupeur qui suit l’écriture d’un roman – « le roman, c’est l’élan, la course endiablée, le vertige » – Nadine Ribault a besoin de reprendre pied dans le temps, de se régénérer en trouvant appui dans le réel. De cette nécessité, et du besoin concomitant d’écrire un texte lent, est née l’idée des Carnets, d’une série qu’elle appelle « Points d’Appui », et qui, après Carnets de Cornouailles et Carnets des Cévennes (Le Mot et le reste), nous vaut aujourd’hui Carnets de Kyôto.
Ces Carnets ne sont pas des carnets de voyage mais rassemblent chacun une quinzaine de textes s’inscrivant dans un mouvement d’interrogation : comment satisfaire un goût qu’on a en soi pour l’Absolu ? Pour les Carnets des Cévennes, ou, ici, qu’est-ce que vieillir dans les sociétés civilisées d’aujourd’hui, et plus particulièrement dans le Japon industrialiste et néotechnologiste d’aujourd’hui ? Comment vivre naturellement là où tout pousse à consommer « artificiellement » et « machinalement » ? Pour une femme qui est toute sensation, se dit « pré-habitée de paysages » à la rencontre desquels elle va en parcourant le monde, et qui prône la résistance face à tout ce qui est inventé pour (main)tenir l’homme soumis, ces Carnets sont donc l’occasion de témoigner poétiquement d’une manière d’être, de sentir et d’agir. La sienne, et celle de ceux qui ont choisi de se dérober à « un certain type de vie faite de garde-à-vous et d’obéissance aveugle ».
Au fil d’un séjour chez un ami potier, dans les Alpes japonaises, de visites à un fabricant de poupées et à une créatrice de masques nô, de déambulations dans les jardins de Kyôto, de marches dans les collines en direction des temples, mais aussi en parcourant les textes des féministes anarchistes japonaises du début du XXe siècle ou en assistant à des représentations de nô et de kabuki, c’est l’absolue nécessité de lutter contre la tyrannie du « rester jeune », la mythification de la machine et la défaillance de l’âme que souligne Nadine Ribault. Le risque est de perdre à jamais le lien de l’homme avec les rythmes du monde naturel et le pouvoir de vie et d’énergie qu’ils recèlent. Un danger qui, au Japon, se manifeste avec une acuité accrue du fait que ce pays, autant traditionaliste, artisanal et bouddhiste qu’essentiellement moderniste, est celui où l’on travaille le plus intensément, à travers les recherches sur le gène-médicament, les nanotechnologies, la robotisation, à donner le jour à un être humain quasi infaillible.
À l’encontre de ceux pour qui la « machine » tient lieu désormais de « nature » et de vérité – « L’homme veut, dorénavant, voir la machine autour de lui, près de lui, mais aussi sur lui et en lui – elle-même, ou bien les traces qu’elle laisse de sa divine intervention » – et face à ce qui ressemble à un début de déshumanisation, Nadine Ribault invite à garder un esprit libre, à défendre un sens passionné de l’ardeur, « qui décuple les forces, et fait la jeunesse de l’être, quel que soit l’âge réel de la personne ». Elle exhorte à réinvestir le plan d’immanence, avec ses pieds, ses pas, en marchant, en observant, en faisant de la terre, des forêts, des paysages une source d’énergie. Elle appelle à écouter nos intuitions, dénonçant au passage le leurre des « débats citoyens » et autre « démocratie participative » – « Nous vous écoutons, parlez ! » – qui n’ont d’autre objectif que celui de permettre aux tensions sociales de se relâcher. Elle recommande enfin d’adopter « la seule position concevable », celle du cheval qui se cabre et qui regarde les choses du dessus. Mieux même, elle préconise, quand sonnent les clochers de tourmente qui, jadis, dans les Cévennes, annonçaient l’orage ou la tempête, de ne pas courir aux abris mais d’entrer dans la tourmente, de rejoindre le refus.
Sa manière à elle de défendre, envers et contre tout, la vie, la littérature et son individualité.

Richard Blin

Carnets de Kyôto de Nadine Ribault
Le Mot et le reste, 96 pages, 10

Comme un cheval cabré Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°147 , octobre 2013.
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