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Domaine français L’essence d’Ormuz

octobre 2013 | Le Matricule des Anges n°147 | par Thierry Guichard

Arpenteur éveillé du monde, Jean Rolin a jeté ses filets dans l’un des endroits les plus surveillés de la planète.

On ignorait, lorsqu’en 2011 il publiait Le Ravissement de Britney Spears que Jean Rolin amorçait un virage vers la fiction. Ce n’est pas la première fois que son œuvre aborde le roman : entendez un récit fictif dans lequel s’agitent des personnages. Inaugurée en 1980 avec Chemins d’eau que La Petite Vermillon a eu la très bonne idée de republier cette année, la bibliographie de Jean Rolin a aligné des récits de voyages (lointains ou très proches), des déambulations (géographiques, historiques et littéraires), une manière d’habiter le monde en le parcourant en bateaux, en transports en communs ou à pied (l’homme est démuni de tout permis de conduire) et en nous en restituant l’expérience par le biais d’une langue classique autant que belle. Après une demi-douzaine de récits, l’homme s’était lancé dans un roman à la tonalité mordante et fantaisiste, Cyrille et Méthode. Le deuil mit fin à cette courte échappée vers la fiction et signa un retour au récit, d’abord intime (Joséphine) puis tourné vers le paysage, le monde proche (La Clôture, Terminal Frigo) ou lointain (Chrétiens, L’Explosion de la durite). Avec Le Ravissement de Britney Spears, Jean Rolin faisait donc un retour vers la fiction. L’argument tenait en peu de mots : un agent secret français était envoyé à Los Angeles afin de protéger sans qu’elle le sache la chanteuse Britney Spears menacée d’être enlevée par des membres d’Al Qaïda. Roman très allégé en fiction, Le Ravissement de Britney Spears était surtout un livre sur L.A. et sur la jet-set vues par un piéton amoureux des jolies filles.
Si le roman précédent était composé de 95% de réel et de 5% de fiction, que dire alors d’Ormuz qui paraît cet automne ? L’intrigue y est plus mince encore qu’un string à paillettes de la môme Spears : un dénommé Wax, personnage si fantomatique qu’il a disparu lorsque débute le roman, a décidé de tenter la traversée du détroit d’Ormuz à la nage et a confié au narrateur le soin de dresser une sorte de carte géographique de la région, un inventaire de ce qu’on voit sur chaque rive de cet étroit passage maritime. Qui est Wax ? Agent secret ? Mythomane ? Projection fantasmée du narrateur ? On l’ignore et, si la question se pose au début du roman, on oublie vite de lui chercher une réponse. Au final, Wax n’est qu’une sorte de légitimation du récit par la fiction. Une manière de dire : si je vous décris ce qu’on voit autour du détroit d’Ormuz, c’est pour les besoins d’une fiction dont je n’ai que faire. Masque transparent du récit, la fiction ici fond au soleil d’Ormuz.
A contrario du monde de Britney Spears, surchargé de fictions colorées (la vie des people montée en neige par les médias), le détroit d’Ormuz est écrasé de réel (scruté par les radars et les satellites, cartographié par toutes les armées, filmé par les caméras de surveillance des télévisions autant que par celles des pirates qui attaquent les bateaux qui y transitent). C’est que la tension y est vive : toute l’économie occidentale dépend du bon fonctionnement du trafic d’hydrocarbures qui s’y fait (2400 pétroliers y passent chaque année). Bordé de pays aussi riants que le Sultanat d’Oman, les Émirats arabes unis ou l’Iran, l’endroit n’invite pas au tourisme. D’autant que les plages y sont truffées de boulettes d’hydrocarbure et les côtes infestées d’infrastructures militaires. Pourtant, c’est avec un plaisir constant qu’on y suit Jean Rolin : sa langue à la fois élégante et précise, nous restitue l’expérience de ce monde que l’écrivain arpente avec un guide de la guerre asymétrique en poche. Les navires qui croisent là, les armes affichées ou cachées par les forces en présence, les militaires et spécialistes qui se saluent dans les hôtels de chaînes internationales, les paysages, les rues iraniennes à la gloire de la révolution islamique : Rolin nous restitue l’essence même d’un territoire qui avait fini par se dissoudre dans les cartes qu’on en faisait.

T. G.

Ormuz, de Jean Rolin
P.O.L, 217 pages, 16

L’essence d’Ormuz Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°147 , octobre 2013.
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