La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Poésie La vie des formes

octobre 2013 | Le Matricule des Anges n°147 | par Christine Plantec

En douze séquences, la jeune poète Dorothée Volut explore dans À la surface ce que peut la parole lorsqu’elle prend le risque de se dire.

Entre 2003 et 2009, Dorothée Volut écrit des textes qui auraient pu être renvoyés au silence s’il n’y avait eu, un jour, cette phrase de C.G Jung venue à elle : « La solitude ne naît point de ce que l’on n’est pas entouré d’êtres, mais bien plus de ce que l’on ne peut leur communiquer les choses qui nous paraissent importantes  ». À la surface est la consignation de ces choses dont elle dit qu’elles constituent son « premier corps d’écriture  ». Auteur à ce jour de cinq livres, ce dernier opus s’apparente donc à la genèse d’une œuvre plutôt qu’à la compilation de textes épars, sans lien de nécessité.
Orchestré en douze parties, À la surface met en scène des voix (Voix 1 / Voix 2 / …) dont l’identité est à construire par le lecteur même si, pour chacune, c’est l’enfance qui en constitue la matrice. L’enfance comme point d’origine à partir duquel une parole se déploie et construit, par concrétions successives, sa densité. Ainsi sera-t-on attentif à l’exergue renvoyant à Fernand Deligny* ainsi qu’à la Voix 1 qui décrit, dans l’obscurité d’une salle vide, un enfant dessinant à une table et « parle à quelqu’un que l’on ne voit pas  ». Autant de pierres d’attente que l’auteur inscrit dans le tracé précis d’un lieu aux fenêtres closes afin d’y déplier sa polyphonie.
Dès lors se succèdent, comme sur une scène, des silhouettes (du moins, c’est ce qu’on imagine) dont seules les voix nous parviennent. Et ce qu’elles ont à dire – à nous dire – ravive les souvenirs d’enfance, les déceptions, les injustices, les croyances, les rêves. Ainsi qu’en musique dont elle en est parfois l’instrument privilégié, la bouche se fait organe depuis laquelle s’inscrit le passage du dedans au dehors (« à présent les lèvres bougent » – Voix 1) tout autant qu’outil de préhension lorsqu’elle se pose sur le corps de l’autre, tente de l’attraper, le dévorer (Voix 2). Bouche, enfin, qui en une phrase, (Voix 3 et 9), nous rappelle que si « ce qui remonte à la surface, c’est ce qui a été laissé au fond » (Voix 10), la tentation du silence, autrement dit de la boucler est permanente : « je ne veux plus parler, je ne veux vais je ne veux vais poser mes lèvres sur un volume surface solide (…) je vais suis la bouche la suis la bouche la bouche-là la boucle la suis la boucle la boucle là  » (Voix 3). Écholalie troublante qui n’est pas sans rappeler certains monologues beckettiens.
Mais que reste-t-il alors si au dedans tout s’effondre ou se fige (Voix 8 dans les ruines de Pompéi), si les mots échouent à nommer ou se dépensent en monnaie de singe (Voix 7) ? Il reste « la surface en face  », le solide, la fermeté du sol ou la vigueur d’un arbre. Il reste la densité des objets, leur apaisante certitude ; qu’il s’agisse d’une table, d’un clavier, une page d’écriture (Voix 6). Il y a que lorsqu’on se sent « petite sphère sans pesant  », « Poser des clés ou des légumes sur une table est un point rassurant. Je dépose et le support reçoit sans s’effondrer. L’effondrement est humain, la table non, semble-t-il  » (Voix 4). Mais la surface c’est aussi la peau ; organe dont Paul Valéry affirmait sans malice que c’est « ce qu’il y a de plus profond en l’homme ». Et même si la Voix 4 assure que « l’observation des autres est uniquement cutanée », la peau, de soi ou des autres, en est aussi le nécessaire commencement.
Les neuf proses courtes qu’égrène la dernière voix sont saisissantes de beauté. Peut-être parce que s’y décèle un lyrisme dont la vigueur nous ramène au pneuma des origines. L’ouvrage dans son entièreté s’affirme comme une exploration continue de ce que pourrait être le lieu du vivant : expérimentation de formes, ruptures de rythme, langue désarticulée, blancs typographiques, fragments… Tout cela même comme une main tendue vers qui accepte de s’en saisir.

Christine Plantec

* Éducateur spécialisé dont les travaux auprès des enfants autistes ont considérablement modifié la manière de les prendre en charge.

A la surface, de Dorothée Volut
Éric Pesty éditeur, 91pages, 13

La vie des formes Par Christine Plantec
Le Matricule des Anges n°147 , octobre 2013.
LMDA papier n°147
6.50 €
LMDA PDF n°147
4.00 €