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Domaine français L’autre Far Ouest

mars 2014 | Le Matricule des Anges n°151 | par Lionel Destremau

Hymne aux chevaux et aux vieux quartiers de Montréal, Marie Hélène Poitras signe un western moderne lyrique et sombre.

Griffintown (titre du roman) est une partie reculée du vieux Montréal où, entre les tours de verre et les appartements pour bobos, subsiste un monde que la ville n’a pas encore absorbé. Verrue misérable à rayer de la carte pour les promoteurs en quête de terrains à bâtir, survivance incongrue et folklorique d’un temps révolu pour les touristes, là se tient le petit univers, endormi pendant l’hiver neigeux et glacé et qui s’éveille au printemps, des derniers cowboys. Une écurie qui rassemble calèches, vieux chevaux recyclés et, surtout, la confrérie des cochers. Sous la houlette du maître des lieux, Paul Despatie, hommes et bêtes se rejoignent pour passer l’été à transporter des touristes dans les ruelles historiques de la cité. Un équilibre de plus en plus précaire permet de faire se côtoyer l’ancien et le nouveau monde, mais la saison à peine débutée, Billy, le palefrenier, découvre le corps de Despatie, abattu de deux balles en plein cœur, découverte qui va bouleverser la hiérarchie et signer les funérailles de ce Far Ouest anachronique.
À partir de cette trame, qui compose une véritable légende urbaine, Marie Hélène Poitras distille une mince intrigue de roman noir où s’affrontent depuis des décennies le monde marginal des cochers qui constitue une sorte de clan où l’entraide et la compétition voisinent, celui d’une mafia faisant payer sa protection, et l’avidité plus actuelle de la finance immobilière prête à tout pour parvenir à ses fins. Ici, on règle ses comptes « en famille » ; le corps de Despatie restera ainsi dans un congélateur, le temps de comprendre qui l’a tué et pourquoi, et c’est la vielle mère de Despatie, sorte de Ma Dalton incroyable, qui accomplira sa vengeance en abattant l’assassin…
Mais l’action proprement dite, comme dans bien des westerns, passe au second plan, et le vrai cœur du roman est ailleurs. Comme dans un film à la Sergio Leone, l’auteur joue avec subtilité sur les clichés propres au genre, et nous livre un monde de silences où le cheval est encore roi et, parfois, seul ami qui reste pour la plupart des cochers. Ces derniers vivent dans des conditions rudimentaires, sont tous plus ou moins « borderline », ont parfois tâté de la prison, avancent « dans la vie comme sur un chemin de croix, accablés, peinant à y arriver », et forment une galerie de portraits saisissants. Il y a Le Rôdeur, sorte de SDF traînant sa misère, Evan, engagé dans les troupes canadiennes en Afghanistan et revenu brisé, Billy dernier d’une lignée d’émigrants irlandais et qui vit avec le spectre d’un de ses amis retrouvé pendu dans l’écurie, Grande Folle, la transexuelle qui, à l’aube, « révèle ses traits d’homme, sa barbe naissante et ses faux cils », et bien d’autres. Surtout, il y a Marie, jeune écuyère stagiaire qui tente de se faire une place au milieu de ce monde dur et étrange, et qui résume ce que tous portent en eux : « quelque chose de farouche, de redoutable, une fibre sauvage en inadéquation avec le monde civilisé qu’elle a dû se résoudre à museler pour pouvoir fonctionner en société. » Tous ces taiseux, qui vivent selon leurs propres lois, ne confient rien ou presque de leurs véritables parcours sinon peut-être à l’oreille des chevaux, mais se transforment bizarrement en conteurs nés à l’occasion, pas seulement auprès des visiteurs pour gagner quelques pourboires, aussi pour embellir telle ou telle légende en revenant toujours à leurs fondamentaux : le cheval. Ainsi de Boy, le « cheval fondateur », dont la tête empaillée est exposée à l’Hôtel Saloon, le bar où ils ont leurs habitudes, ou encore de Mignonne, une jument mythique, sorte de Pégase qui « veille sur les chevaux de calèche ».
Toute cette « civilisation cochère » va, presque logiquement, partir en fumée au terme d’un récit qui, écrit au présent et porté par une écriture lyrique, se nourrit pourtant d’une nostalgie tendre qui emporte le lecteur.


Lionel Destremau


Griffintown
Marie Hélène Poitras
Phébus, 176 pages, 15

L’autre Far Ouest Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°151 , mars 2014.