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Domaine français Apprenti mondialiste

mai 2014 | Le Matricule des Anges n°153

Par le récit du périple d’un jeune Pygmée, In Koli Jean Bofane illustre la situation effroyable du Congo. Un cauchemar teinté de drôlerie.

Congo Inc : testament de Bismack

Le premier roman d’In Koli Jean Bofane, Les Mathématiques congolaises (Actes Sud, 2008), nous avait fait découvrir Celio Matemona, jeune homme ambitieux se hissant à un poste prestigieux au service de la communication de la présidence de son pays. Le secret de sa « réussite » reposait sur sa conviction que les principes de la théorie mathématique s’appliquent efficacement au domaine politique. Isookanga, le héros de ce deuxième roman, Congo Inc., aspire lui aussi à s’élever socialement et pense que sa passion pour Internet va l’aider à s’enrichir. Nous retrouvons ici un Congo soumis au pillage de ses ressources par les grandes compagnies internationales et en proie à la corruption.
Sous le bouillonnement désordonné de Kinshasa, le roman révèle une logique implacable, celle d’une sorte de mécanique sociale infernale fonctionnant en « pyramide alimentaire » composée sur deux niveaux. Celui des « grands prédateurs » et puis celui de ceux qui essaient simplement d’apaiser leur faim. Le pari fou d’Isookanga est de se faire adopter par le milieu le plus pourri afin de ne plus survivre de petites combines minables. Ce personnage d’arriviste sans trop de scrupules, devient un peu malgré lui un élément déstabilisateur dans cette société verrouillée par le cynisme et la naïveté. Le temps d’une émeute qu’il animera sur le Grand Marché de Kinshasa, Isookanga montre que la création de rapports de force peut débloquer les situations les plus figées.
Grisés par l’enjeu énorme que constituent les ressources minières du Congo, certains autochtones se convertissent à la religion du profit. In Koli Jean Bofane nous fait percevoir à quel point leur comportement est non seulement haïssable mais surtout insensé, inefficace et ridicule. Isookonga, qui n’avait jamais quitté sa forêt et s’affirme mondialiste sans aucun complexe, va séduire Kiro Bizimungu, un ancien chef de guerre, boucher cruel et machiste. Reconverti en responsable de l’environnement, Bizimungu a pour seul objectif de piller les ressources du Parc national de la Salonga dont on lui a confié la préservation. « L’homme s’en foutait de la faune et de la flore comme de sa première balle dans la tête d’un ennemi ».
L’humour est toujours amer et cinglant. Isookonga va effectivement se lancer dans les affaires et s’associer avec un jeune Chinois vaguement maoïste. Ils vont monter une petite affaire de vente de sachets d’eau étiquetés d’une croix blanche garantissant l’origine suisse. Ils ne sont pas les seuls à pratiquer les techniques de marketing. Un pasteur, ancien catcheur, gère son église en organisateur de spectacles, suivant scrupuleusement l’évolution de ses parts de marché. Mais quel amateurisme dérisoire comparé aux méthodes des multinationales qui viennent se servir au Congo !
Le monde entier est bien là : « Les humanitaires dans leurs véhicules immaculés pour propager la sainteté (…) tentaient de réconforter des âmes à genoux en débitant des dogmes appris par cœur dans les facultés de l’hémisphère nord du globe ». Shasha, une amie d’Isookonga, vend son corps aux officiers missionnés par l’ONU : « Elle avait besoin de dollars mais en même temps sa haine pour ceux qui lui en procuraient grandissait de jour en jour ». Il arrive que les enquêtes menées depuis New York par l’ONU produisent des résultats. Ainsi Bizimungu sera traduit devant la Cour internationale de justice de La Haye. Mais avant même son extradition, sa propre femme, Adeïto, lui réservera une fin atroce. Shasha, elle, prépare minutieusement de délicieux mets empoisonnés à un officier lituanien peu scrupuleux. La mort toujours présente frappe aussi végétaux et animaux… « Ton ami le préservateur de la Salonga, il est au courant de la mort du léopard » ? se plaindra le vieil oncle d’Isookonga, venu de sa forêt.

Yves Le Gall

Congo Inc. : « Le testament de Bismarck »
In Koli Jean Bofane
Actes Sud, 304 pages, 22

Apprenti mondialiste
Le Matricule des Anges n°153 , mai 2014.
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