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Domaine étranger Abus de glucose

mai 2014 | Le Matricule des Anges n°153

Christine, dit « Oreo », jeune métisse née d’une mère noire et d’un père juif qui divorcent devant son berceau, vit avec ses grands-parents à Philadelphie. « Noire en dehors, blanche en dedans », comme le légendaire biscuit américain, l’héroïne quitte sa communauté d’origine pour barouder vers New York. Là-bas, elle entend renouer avec ses origines judaïques via son père, cet inconnu judicieusement surnommé le « nique-ta-mère ».
Road trip à mi-chemin entre une réécriture raciale du Sur la route de Kerouac et une ré-interprétation contemporaine du mythe de Thésée (une mise en relation des personnages d’Oreo et de ceux du mythe grec est d’ailleurs offerte au lecteur à la fin de l’histoire), le livre de Fran Ross relève de l’acrobatie littéraire : avec des thèmes si controversés (surtout en 1974, date de la parution initiale du roman) la chute dans le pathos et dans les clichés de la révolte ethnique n’est jamais loin.
Pourtant, ce voyage initiatique échappe aux lois de la gravité : ni didactisme primaire, ni lourdeur revendicative dans cet Oreo. Contre toute attente, plus qu’à une militante des Black Panthers, c’est à la Little Miss Sunshine du film pensé par Michael Arndt que Christine ressemble, avec en plus la provocation de son « hymen factice en élasticium ». Sa malice native conjuguée à son identité métisse lui permettent de déjouer les structures sexuées et les idéologies racistes qui la cernent. Fran Ross a l’insoumission ludique.
Plus loin encore, cuisinant les stéréotypes à la sauce satire et aromatisant les révoltes d’un burlesque épicé, Fran Ross fait de son roman une véritable pièce montée. Au sommet, les figurines en sucre d’orge se bousculent : Hélène, la mère d’Oreo, mélomane mathématicienne, côtoie Betty, la voisine nymphomane, qui côtoie elle-même Milton-le-laitier, le cultivateur de théories racistes. Pour conter leurs péripéties, les friandises formelles s’emboîtent : des nouvelles de cinq lignes, des démonstrations d’algèbre sentimentale, des menus de dîners américano-judaïques, des extraits de lettres éducatives, un lexique d’hébreu ou un QCM sur « La vie de Jésus le Charpentier ». À chaque page, Oreo gicle son petit récit confit. Tant et si bien que les digressions ludiques finissent bientôt par recouvrir la trame dramatique, et qu’une nouvelle forme de lourdeur s’installe : celle du gag perpétuellement reconduit.
À petites doses, l’espiègle révolte d’Oreo se goûte donc avec gourmandise, comme un bonbon acidulé. Mais sur la longueur, cette excessive narratologie postmoderne pourrait engendrer une indigestion de légèreté – laissant dans la bouche l’arrière-goût amer des sucreries faciles.

Blandine Rinkel

Oreo
Fran Ross
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Séverine Weiss
Post-éditions, 280 pages, 19

Abus de glucose
Le Matricule des Anges n°153 , mai 2014.
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