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Domaine étranger Défaite de l’Ouest

juillet 2014 | Le Matricule des Anges n°155 | par Lionel Destremau

Un roman à redécouvrir de Glendon Swartout, entre western métaphysique et portrait de l’histoire de l’Amérique.

Une des grandes mythologies sur la constitution de la nation américaine est sans conteste celle de la Conquête de l’Ouest. Les colons établis à l’Est rêvent d’apporter la civilisation sur l’ensemble du continent, de prospérer sur des terres riches où chacun aura sa chance et trouvera sa place, le tout sous le regard bienveillant de Dieu bien sûr… Voilà pour l’image d’Epinal qui servira de moteur à bien des familles parties en convois de chariots pour ce qu’on appelle sobrement « le Territoire ». Il faut donc repousser la Frontière, jusqu’à rejoindre le Pacifique, seulement voilà, parfois, c’est la frontière elle-même qui repousse les Hommes. Du côté des colons, le pouvoir de la Bible, le courage, la volonté ou plus simplement la nécessité de survivre. De l’autre côté, la puissance de la nature, des plaines sans fin battues par les vents et parsemées d’embûches avant d’atteindre un coin cultivable où s’installer, des hivers d’une rudesse incroyable, une faune sauvage hostile, un isolement, en particulier en soins médicaux, propice à emporter le moindre souffle de vie en un claquement de doigts. Ce combat, certains ne parviennent plus à le mener, ils abandonnent, disparaissent, se suicident. Pour d’autres, lorsque les limites sont atteintes, c’est le basculement dans la folie.
C’est ce qui se produit pour quatre femmes dans Homesman : l’une, restée seule une nuit, est attaquée par une meute de loups affamés, en réchappe physiquement mais est brisée psychologiquement ; une autre, à peine sortie de l’adolescence, déjà mère de trois enfants, les voit tous mourir de diphtérie à quelques jours d’intervalle et perd la raison ; une autre encore accouche seule mais, incapable de poursuivre une survie perpétuelle dans des conditions extrêmes, assassine son bébé ; la dernière, devenue particulièrement violente, est possédée par une furieuse envie de tuer son époux. « Chez ces femmes, ni l’amour, ni les souvenirs, ni la lumière ne parvenaient à percer l’obscurité. »
Que faire de ces « âmes perdues » ? Aucun asile n’existe, aucun hôpital ne peut les accueillir. Un révérend propose de les renvoyer vers leur famille, à l’Est, et la tâche incombera à l’un des maris tiré au sort. Seulement, ce dernier se dérobe. Mary Bee Cuddy, ancienne institutrice, installée sur une propriété qu’elle cultive en solitaire, décide de s’en charger. Femme forte et pieuse, malgré cette courageuse prise de position, elle a conscience qu’elle n’y arrivera pas seule. Pour l’accompagner, le hasard la met sur la route d’un drôle de personnage, George Briggs, ou quel que ce soit son véritable nom, un bon à rien, un déserteur de l’armée, voleur de concession, qu’elle trouve à demi-lynché, la corde au cou, pendu à un arbre mais encore vivant. Elle le sauve, en échange de sa promesse de la soutenir dans son entreprise presque aussi démente que les femmes qu’elle va convoyer.
Commence alors le périple improbable d’un fourgon transportant quatre folles au comportement imprévisible, dirigé par une Mary Bee qui, sans nul doute trop idéaliste, présume de ses forces et de sa capacité à réussir une longue traversée du Territoire, aidé d’un « rapatrieur », homme plein de ressources, qui n’a peur de rien, mais menteur, ignorant, cynique et sans aucune morale.
Le western que construit Glendon Swartout à partir de cette trame est complétement décalé et beaucoup plus ambigu que nombre de romans du genre. Pas de sentimentalisme ni d’apitoiement sur le destin de ces femmes devenues folles dans un environnement hostile, seulement une sorte de fatalisme, un état de fait de la vie sur la Frontière. La compassion de Cuddy pour elles comporte même un risque, celui de la faire sombrer à son tour dans le désespoir ou la fureur contenue en elle, comme si à force d’être à proximité de la folie, celle-ci devenait contagieuse. C’est aussi une étonnante bagarre de mots et d’actes, qui ne manque pas d’humour dans certaines situations, se transforme parfois en complicité, entre les deux caractères bien trempés que ceux Cuddy et Briggs, et dont le dénouement sera pour le moins surprenant.
Le roman parvient ainsi à mêler une part aventureuse, une sorte de respiration épique où, malgré très peu de scènes d’action, s’accumulent rebondissements et rencontres dangereuses, et un huis clos intimiste entre deux personnages qu’accompagnent des femmes-spectres. S’en dégage une intrigue singulière, où la Frontière est aussi celle qui, en chacun de nous, délimite notre capacité à sombrer dans l’abîme, ou non : « on pouvait lire dans les premiers versets de la Genèse : Et la terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme  ».

Lionel Destremau

Homesman,
de Glendon Swartout
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinski,
Gallmeister, 284 pages, 23,10

Défaite de l’Ouest Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°155 , juillet 2014.
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