La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Le Plancher de Jeannot

avril 2015 | Le Matricule des Anges n°162 | par Franck Mannoni

Quinze mètres carrés d’un plancher sombre, gravé de mots délirants : voilà tout ce qu’il reste de Jeannot, un paysan béarnais décédé en 1972 dans la fleur de l’âge, après s’être laissé mourir de faim. L’« œuvre », exposée rue Cabanis, à Paris, le long du Centre hospitalier Sainte-Anne, interpelle, choque ou indispose, interroge sur le statut de l’art. Ingrid Thobois a investi le champ de la fiction pour redonner du sens à ce qui a souvent été décrit comme un simple fait divers ou une péripétie psychiatrique. L’auteur fait parler Paule, la sœur de Jeannot, qui s’évertue à réhabiliter son frère : « Trente-trois ans à te mordre le poing, la couronne des dents imprimée au dos de la main ». Elle l’inscrit dans une Histoire commune : « Le sable d’Algérie, ça t’a rayé toute la mémoire ». Elle redéfinit le cadre étriqué du drame, la ferme où vivait la famille recluse : « La porte est verrouillée, le dehors enfermé ». Bien sûr, il y a les raisons évidentes des traumatismes : un père violent qui se suicide, le retour après un engagement dans l’armée lors des « événements », mais cela ne suffit pas à tout expliquer. Pour cela, Ingrid Thobois s’enfonce plus profondément dans l’univers du clan, met en scène la pantomime familiale : « La glousse entrait. Se forçait à sourire. Nous, non. Alors son sourire s’effaçait. Elle refermait derrière elle ». La glousse, cette mère socialement effacée et affectivement écrasante : « Toute la vie à essayer de regagner son amour qui prenait le manteau de la haine et puis celui de l’amour et puis celui de la haine ». Tellement liée qu’après son décès, elle restera des jours assise devant la cheminée, puis sera enterrée dans la maison, sous l’escalier, dans un ensevelissement rituel. « Un minuscule oiseau maigre et souple comme un lacet avec une anémone salée entre les jambes ». Un style tantôt cinglant, tantôt elliptique, des images fortes, une mise en page qui laisse une grande place aux silences, Ingrid Thobois a su rendre la folie poétique.

F. M.

Le Plancher de Jeannot
Ingrid Thobois
Buchet Chastel, 74 pages, 9

Le Matricule des Anges n°162 , avril 2015.
LMDA papier n°162
6.50 €
LMDA PDF n°162
4.00 €