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Arts et lettres Au verso des images

juin 2015 | Le Matricule des Anges n°164

Autobiographe et ethnographe, Michel Leiris fut aussi un connaisseur critique, un voyeur d’œuvres d’art – à sa manière : passionnément subjectif.

Parmi les événements dus à la fièvre commémoratrice qui semble devenue la seule certitude des politiques culturelles encore existantes, on ne peut que se réjouir de l’exposition que consacre le Centre Pompidou de Metz à Michel Leiris (jusqu’au 14 septembre). L’année 2015 serait-elle une année Leiris ? Après la parution du passionnant volume de la Pléiade associant L’Âge d’homme et L’Afrique fantôme (voir Lmda n°159), Denis Hollier, de nouveau, nous invite ici à suivre Leiris l’explorateur – de lui-même et du monde qu’il traversa, durant tout le XXe siècle (né en 1901, il meurt en 1990). Leiris & Co : sous ce titre qui peut sembler curieusement anglomane mais qui fait référence au Roussel and Co de Leiris lui-même, ce copieux catalogue avec ses centaines de documents et d’illustrations compose bien un espace « en archipel ou constellation » (Frêle Bruit), « une mosaïque faite de ramifications souterraines entre tous les champs : l’autobiographie, la poésie, l’art, l’ethnographie, les thèmes de la possession et de la langue secrète, le mythe des îles » (Denis Hollier). Et les îles de cet archipel, offertes ainsi à notre (re)découverte attentive, sont aussi bien les sculptures du Mali que celles de Giacometti, les peintures de Miró ou Lam que les portraits de Leiris par Picasso ou Bacon…
La structure du catalogue (comme celle de l’exposition) est chronologique et permet année par année une biographie détaillée de Leiris (c’est d’ailleurs souvent sa propre voix que l’on entend, grâce aux extraits de son Journal et de ses lettres à maints correspondants), le replaçant ainsi dans le contexte de ce siècle dont il fut témoin mais aussi parfois acteur important. Nous trouvons également, en parallèle, des articles de collaborateurs nombreux qui proposent d’efficaces synthèses sur des thèmes particuliers ou des artistes, des rencontres marquantes ou des leitmotivs, voire des obsessions, qui tissèrent, entremêlés, la trame de cette existence. Peut-être en effet pourrait-on parler à propos de Leiris (comme chez Breton) d’un double mouvement ou d’une sorte de rythme de diastole/systole : à la quête comme passionnée de l’image qui s’offre au regard alerté succède la concentration sur ce qu’elle a provoqué de retentissement en soi, à l’investigation sans cesse renouvelée, par les mots, du fantasme ainsi suscité succède l’attente, l’appréhension même du nouveau choc. Et si un terme devait résumer ce qui à la fois interpelle et trouble Leiris, l’émeut, le bouscule ou l’excite, y compris sexuellement, ce serait bien celui de « beauté convulsive » que Breton lui-même appelle de ses vœux, invoque, à la fin de Nadja.
Est-ce le fruit du « hasard objectif » cher aux surréalistes ? Alors qu’il les côtoiera dès la constitution du groupe en 1924, il rencontre en 1923 celle qui deviendra sa femme jusqu’à ce que la mort les sépare (ce n’est pas une formule, il lui survécut trois années seulement) : Louise Godon, dite Zette, qui se trouve être la fille de la femme de Kahnweiller, l’un des plus grands galeristes du siècle. Les rencontres et les découvertes seront donc toujours en partie liées à cette galerie et les trésors s’accumuleront alors dans leur appartement (la donation Louise et Michel Leiris au Musée d’art moderne en 1983 en témoignera). Mais c’est aussi, dans un premier temps en compagnie de Bataille pour leur revue Documents, puis au cœur même de son travail d’ethnographe, que naîtra sa fascination pour ce que l’on n’appelait pas encore les arts premiers : il consacrera près de dix ans à son Afrique noire, la création plastique, volume que Malraux lui a demandé pour sa collection L’univers des formes.
La curiosité toujours en éveil n’empêche cependant pas chez Leiris la fidélité : le premier artiste à propos duquel il écrit, comme il le dit lui-même modestement, « au verso des images » est Masson – et il lui consacrera des textes jusqu’à sa mort. De même son intérêt pour Picasso est l’occasion d’une véritable amitié – leur passion commune pour la tauromachie y jouant bien entendu un rôle clé. Son affection pleine d’empathie pour la solitude mélancolique de Giacometti explique le lien qui les unit : nous pouvons admirer ici les superbes dessins que celui-ci fit au chevet de Leiris, après sa tentative de suicide en 1957. Après la mort de Giacometti, Bacon en quelque sort prendra le relais, objet d’une interrogation jamais apaisée, Leiris admirant en lui une « leçon de réel ». Les images les plus fascinantes, disséminées au fil de ces pages, sont peut-être cependant les photographies de Leiris lui-même : du dandy à la posture volontairement agressive de la couverture au vieil homme semblable à un hibou, hôte de la nuit, c’est, scrutateur, obstiné, le même regard.

Thierry Cecille

Leiris & Co
Sous la direction d’Agnès de la Beaumelle, Marie-Laure Bernadac et Denis Hollier
Gallimard / Centre Pompidou-Metz, 400 pages, 49

Au verso des images
Le Matricule des Anges n°164 , juin 2015.
LMDA PDF n°164
4.00 €