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Quartier libre Arrêter

septembre 2015 | Le Matricule des Anges n°166 | par Xavier Person

Il est bien qu’un livre ne soit pas un livre. Il est heureux qu’un livre, parfois, par chance, ne soit pas exactement un livre, mais seulement son approche incertaine, son intuition à peine, sa tremblante indécision, son vertige aussi bien, de n’être assuré de rien, sinon des questions qu’il se pose à lui-même, du gouffre qui s’ouvre à lui, dès lors qu’il s’assume, dans sa fragilité, son probable échec, son insuffisance éventuelle, ses questionnements sur le livre qu’il pourrait être mais qu’il n’est pas certain d’être jamais, tant il pourrait être autre, tant il pourrait ne jamais être. Il serait heureux, en ce temps de rentrée littéraire où les livres s’accumulent, si assurés et pleins d’eux-mêmes, que l’un d’eux fasse le vide, qu’il scie la branche sur laquelle il est assis et nous avec, qu’il nous invite à sauter dans le vide ou du moins à en considérer le vertige. Il serait bien que ce livre dont on rêve, qui ne serait que le rêve d’un livre, sa prometteuse impossibilité, il serait bien que ce livre nous délivre de tous les livres si résolument livres, si peu aériens, si peu incertains. Il est à espérer qu’un livre soit juste son approche, son imminence, car ainsi nous serons rendus, le lisant, à l’attente, à l’inquiétude, au désir et à sa vérité qui est sans objet, qui toujours se relance et ne s’atteint jamais que dans une brûlante impossibilité, une esquive toujours renouvelée. Il serait vraiment bien que nous puissions nous approcher de la possibilité d’un livre, que nous puissions presque le lire, ce livre, mais en nous arrêtant à ce « presque », qui est une promesse et sa déception, qui est une chance et la possibilité d’un échec, qui est le désir même. Il serait bien, si l’on y réfléchit un peu, de lire un livre qui de notre pensée aurait la ductilité, qui serait notre pensée même, insaisissable et pourtant presque déjà là, fumée volatile, qui alors qu’on croirait la saisir se retournerait sur son propre néant, aussitôt évanouie. Il lui faudrait, à ce livre qui ne serait pas exactement un livre, se tenir dans un retrait : imaginez un geste en moins, un pas de côté, une tentative joyeusement inachevée, une maladresse qui serait une adresse, etc. Il aurait, ce livre, on peut l’imaginer, toute la puissance du négatif, sa force de rechargement, de son improductivité il ferait une énergie infiniment renouvelable. Il ne serait pas rien, ce livre qui n’aurait nulle envie d’être un livre, il ne serait pas loin d’être rien, mais dans ce presque rien laisserait entr’apercevoir quelque chose, on ne saurait dire quoi précisément, mais cela vaudrait le coup d’y aller voir de plus près, on ne sait jamais, il y a tellement rien entre le rien et quelque chose, cela tient à si peu. De sorte qu’on pourrait se prendre à rêver, rêvant à ce livre, une sorte d’arrêt généralisé de la littérature, une suspension totale, momentanée mais totale, un débrayage, au moment de la rentrée littéraire, d’un seul coup plus rien, pas un livre ou rien que des livres qui ne seraient pas des livres, seulement leur suspens. Pendant tout septembre on retiendrait son souffle. On se tiendrait en équilibre soudain, stoppé dans notre élan, comme le funambule sur sa corde arrêté dans son geste, à l’instant du danger comme dirait Walter Benjamin, soudain vacillant, alors que de ce danger on pourrait mesurer l’étendue, le temps d’un arrêt, tout à cette lucidité alors, vertigineuse, obligé de voir ce qu’on avait préféré ne pas voir, ce vide en dessous, toutes ces menaces qu’en avançant on avait fini par oublier.
Ce ne serait d’ailleurs pas dans un livre qu’on ferait cette expérience, mais sur Internet où on lirait les cinq chapitres correspondant aux cinq conférences que Tanguy Viel vient de donner à la librairie Les Temps modernes à Orléans. Sous le titre Icebergs, le romancier se fait essayiste et, brillamment, s’essaie à la pensée de ce livre qu’il n’écrit pas, de ce « presque-livre » qui est bien plus qu’un simple livre. On peut aussi l’écouter lire ses conférences, ce romancier qui goûte à la liberté de ne pas écrire de roman. On l’écoute et bien sûr on se prend, libéré d’un poids, à rêver à son prochain livre.

Icebergs, de Tanguy Viel
livre.ciclic.fr/actualite-du-livre

Arrêter Par Xavier Person
Le Matricule des Anges n°166 , septembre 2015.
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