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Domaine étranger Une souris et des ombres

septembre 2016 | Le Matricule des Anges n°176 | par Dominique Aussenac

Atteindre la grâce avec un premier roman qui ne l’accorde pas, paradoxe sublimé par Virginia Reeves.

Un travail comme un autre

La carte de Tendre prétendait dresser au XVIIe siècle précieux et hexagonal, une topographie allégorique des différentes étapes de la vie amoureuse. Transposée aux États-Unis, en Alabama, dans les années vingt du siècle dernier, elle transparaît en filigrane de ce premier roman. On y trouve des territoires liés à l’ingénuité, la fragilité, la beauté, l’émoi, le rêve, la passion mais aussi des lieux sinistres voués à la trahison, aux crimes de sang, à la peine de mort, au racisme. Des fleuves les traversent, ceux de la compassion, de la Rédemption… Et il y a surtout deux êtres, Marie et Roscoe T Martin, épris l’un de l’autre et que la vie, les circonstances, les raideurs idéologiques, le pouvoir de ne pas pardonner vont tourmenter, déliter, éclater.
Marie est la fille d’un homme aisé, éclairé, tolérant, porteur de valeurs démocratiques. Maîtresse d’école, elle diffuse ces idéaux. Martin, lui, s’est émancipé d’un milieu familial le condamnant à une vie souterraine dédiée au travail exténuant, à l’autoritarisme imbécile et ses corollaires, coups de fouets ou de grisous. En ces années-là le mythe de la frontière est considérablement émoussé. Plus rien ne pousse les Nord-Américains à découvrir des terres vierges. Il n’y en a plus. La figure du cow-boy disparaît au profit de celles du hobo, du syndicaliste ou du capitaine d’industrie. La vie des campagnes stagne, périclite. Tandis que de nouvelles industries prospèrent. Martin ne veut travailler ni sous, ni sur terre, mais dans les airs où les éclairs circulent. « On naît avec quelque chose dans les veines, pour mon père, c’était le charbon, pour Marie, c’est la ferme, pour moi un puissant courant électrique. » Obligé d’abandonner son métier d’électricien, il rejoint la ferme de sa femme. Ils ont un enfant. En le mettant au monde, Marie perd sa faculté d’enfanter à nouveau. Fermière stérile, elle se desséchera, jusqu’au jour où Martin qui végétait au milieu de tant de cultures, aura l’idée d’électriser la ferme en détournant la ligne de son ancienne compagnie. La prospérité et l’amour reviendront. Un temps.
Un ouvrier meurt du fait du piratage. Martin sera incarcéré dans un pénitencier. Son complice et ami Wilson, un Noir, domestique de la ferme, envoyé aux travaux forcés, à la mine. Deux poids, deux mesures arbitraires que Marie tentera d’inverser. Elle défendra éperdument Wilson et abandonnera son mari, qui vivra une véritable descente aux enfers. La justice, l’idéalisme, le rachat des fautes au détriment de l’amour.
Au-delà du lyrisme, d’une écriture alerte, poétique, toute la puissance, la subtilité du roman réside dans le traitement du conflit intérieur de Marie, sa vision, son approche du bien et du mal. Celui-ci générera une dimension fantastique, dantesque du martyre des corps. Nudité, souffrance, mutilations… « Mais le ventre que je découvre ne ressemble pas à celui que je connais. Une crête gonflée traverse le centre, de l’estomac jusqu’au bassin, et je ne vois même plus mon nombril. Il se perd dans la chair et les sutures. Ma peau paraît foncée, molle, à la fois rouge et jaune, comme si elle se décomposait, carcasse rance et putride. La guérison, ça ne peut ressembler à ça. » Paradoxalement, le personnage de Martin, beaucoup plus simpliste, borné, colérique, sans éthique, pouvant se comporter en animal pour survivre attire la sympathie car ses rêves, son amour sont électrisés par un courant continu d’une puissance infinie. Une œuvre très aboutie, très personnelle aussi, contrairement à ceux qui verraient dans les deux pages de remerciements qu’adresse l’auteure à ses étudiants et autres partenaires d’ateliers d’écriture universitaires, une œuvre collective. Faulkner, Steinbeck pourraient en faire partie.

Dominique Aussenac

Un travail comme un autre, de Virginia Reeves, traduit de l’anglais (États-Unis) par Carine Chichereau, Stock, 338 pages, 21,50

Une souris et des ombres Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°176 , septembre 2016.
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