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février 2017 | Le Matricule des Anges n°180 | par Richard Blin

En s’intéressant à la vie d’un chaman, Anne Sibran retrouve le chemin du primordial et distille une pensée-poésie de la voyance et de la guérison.

Enfance d’un chaman

La facture d’un livre dépend souvent des lieux où il s’écrit. Anne Sibran avec Enfance d’un chaman, en donne une preuve vivante, elle qui, amoureuse de l’Amérique du Sud où elle séjourne régulièrement, a consacré trois ans de sa vie à apprendre une langue indigène afin de pouvoir tisser des liens étroits avec certains peuples de l’Amazonie équatorienne. C’est ainsi qu’elle a pu établir une relation quasi filiale avec un « homme-tigre », Lucero Tanguila, le dernier représentant d’une illustre lignée de chamans. C’est sa vie, telle qu’il la lui dévoila, au fil des sorties en forêt où il aimait l’entraîner, que nous rapporte Anne Sibran. « Je ramasse tes mots sous les arbres, Lucero… J’écris derrière tes traces… »
Une vie au sein d’un peuple encore imprégné de cette vie originelle où les choses de la terre – la forêt, la brume, le vent, les plantes, les pierres – abritent des génies ou des esprits, et où les bêtes sont les messagers de l’invisible. Un peuple qui vit dans l’ouvert, dans un monde quasi sacré d’énergies en mouvement, où tout respire et où cette part du monde, que nous ne voyons pas mais qui se laisse fugacement deviner, parle. Un monde qui a donc besoin d’interprètes capables d’entendre le langage de la forêt, et de traduire la langue des esprits.
Le chaman est cet homme, « celui qui sait soulever le voile, aller voir de l’autre côté ». Ce qui suppose, dès l’enfance, une initiation magique et secrète. Ces premiers pas dans le monde des esprits – « quand le pouvoir reçu n’est pas encore contenu et risque de tout brûler » –, la découverte du don de guérisseur et des pouvoirs du chant, l’entrée dans le « grand rapport », cet espace où l’homme devient plus qu’humain, peut se métamorphoser en bête, Anne Sibran nous les donne à sentir, en manifeste la densité charnelle comme l’étrangeté. Et ce, par l’intermédiaire d’une écriture qui colle au regard, s’ouvre à l’innommé, épouse tous les frémissements sensoriels d’une forêt telle qu’elle se montre vraiment, « mêlant sous le lacis des arbres le passé, le présent, les morts et les vivants ».
En t’écoutant, dit-elle à Lucero, « j’ai l’impression de voir germer les contes à l’œil nu ». C’est que cette pensée fondée sur la croyance en un univers où tout est relié et où tout circule, retient du monde autre chose que du strictement humain. Ainsi l’expérience du chaman – qui relève de l’« immense et raisonné dérèglement de tous les sens » cher à Rimbaud – et passe par la capacité de parler à voix haute à une plante ou aux esprits, nous entraîne dans ces contrées inconcrètes que sont l’invisible et l’inaudible – « Tout est si beau de l’autre côté. On dirait que la forêt est en train de naître à chaque instant », dit Lucero – des contrées qui ressemblent à la poésie et invitent à habiter poétiquement la terre (Hölderlin).
Par les visions que déclenche le « remède », par le chant, « qui permet à la parole de traverser l’indicible sans s’y noyer », le chaman se plante devant la parole du monde, l’entend, la comprend et peut ainsi soigner le corps malade ou trouver une solution ou une réponse au malheur. À celui, par exemple, qui frappe aujourd’hui la forêt en proie aux infernales manigances des compagnies pétrolières cherchant à chasser les Indiens de la forêt qu’est leur territoire. Contre ce monde « malade », ces hommes qui ne savent plus écouter le monde et qui veulent profaner la forêt, notre chaman n’aura eu de cesse de se battre. Avec succès puisqu’il reste le protecteur de la forêt et celui qui soigne les hommes, et qu’à ce jour, aucune route n’a percé sa forêt et que le pétrole n’est toujours pas entré chez eux.

Richard Blin

Enfance d’un chaman, d’Anne Sibran, Gallimard, « Haute enfance », 240 pages, 19,50

Garder l’intact Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°180 , février 2017.
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