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En grande surface Les yeux plus gros que le centre

mars 2017 | Le Matricule des Anges n°181 | par Pierre Mondot

Parce qu’il a dénigré l’action du président après lui avoir murmuré à l’oreille pendant quatre ans, on a pu reprocher à Emmanuel Macron de cracher dans la soupe. Désormais candidat à la plus haute fonction, voici venu son tour de présenter son projet de bouillon pour la France. Goûtons.
L’ouvrage s’intitule Révolution. Fichtre. Les adolescents qui hier encore placardaient l’effigie du Che sur le mur de leur chambre sont désormais en âge de se présenter à l’élection présidentielle.
Macron n’est pas Coupat et c’est bien dans son acception publicitaire qu’il faut recevoir ce titre : on ne trouve guère plus d’appel à l’insurrection dans ses pages que d’opium dans le parfum du même nom. L’ancien ministre de l’Économie tient à rassurer ses lecteurs : la révolution qu’il appelle est « démocratique ». Il s’agit de « sortir de nos habitudes », de ne pas « nous accommoder du statu quo ». Ouf.
Conscient de son statut de perdreau dans le paysage politique, mais aussi parce qu’il est poli, Emmanuel Macron commence par se présenter en ouvrant son essai par un chapitre autobiographique : Ce que je suis.
Ce curriculum révèle que l’hybridité revendiquée par le candidat ne se limite pas à la doctrine mais structure profondément sa personnalité. L’homme a quelque chose de Benjamin Button, ce héros fitzgéraldien qui voit le jour dans la peau d’un vieillard avant d’expirer dans le corps d’un poupon. Pas seulement à cause de l’originalité de sa situation familiale qui le conduit à 38 ans à saluer « Emma, Thomas, Camille, Paul, Élise, Alice et Aurèle », « ses sept petits-enfants ». Mais surtout à cause du récit de ses années de formation : à l’âge où ses congénères dévoraient les numéros du magazine Strange, Emmanuel, avec sa grand-mère, affirme qu’il passait « des jours entiers à lire à voix haute (…), Georges Duhamel, (…) Mauriac et Giono », ou que « Gide et Cocteau étaient (ses) compagnons irremplaçables ». Et quand d’autres feuilletaient avec émotion des éditions usées de Penthouse à la recherche d’informations sur l’anatomie, Emmanuel nous explique avoir « appris chez Colette ce qu’est un chat, une fleur ». Mais c’est peut-être une posture : à l’heure où notre pyramide des âges dessine les contours d’un pin parasol, l’électorat des Ehpads ne doit pas être négligé.
Socialiste et Républicain, jeune marié et grand-père, le candidat se réclame du Nord (Amiens, où il est né) et du Sud (Bagnères, où il séjournait en vacances). C’est sans doute cette passion pour l’alliance des contraires qui le conduisit à ouvrir des lignes d’autocars entre Brest et Strasbourg. Mais ce penchant pour l’oxymore le pousse parfois à des acrobaties suspectes. Ainsi, lorsqu’il cherche à nous convaincre de la possibilité d’être simultanément haut-fonctionnaire et aventurier : « L’inspection des finances fut la découverte d’un nouveau continent. »
Macron revient à la fin du chapitre sur la trahison dont on l’accuse. S’en s’offusque : « ceux qui voulaient m’accabler ont ainsi avoué que pour eux, la politique obéissait au fond à la règle du milieu : de la soumission, dans l’espoir d’une récompense personnelle ». Bien sûr. Il est grand temps de s’affranchir de ces vieilles notions de fidélité, de reconnaissance et d’honneur : c’est bon pour la pègre, tout ça, c’est des manies de mafieux. On note en tout cas que c’est le seul passage du livre où l’ancien énarque rompt avec son goût du milieu.
On bâille à la lecture du reste. Macron déroule un catalogue de propositions œcuméniques (« Faire plus pour ceux qui ont moins. ») ou s’applique à crocheter des portes ouvertes (« Le numérique a ceci de particulier qu’il permet le meilleur comme le pire. »). Enfin, après avoir avec tant d’autres moqué le chef de l’État et son goût de la synthèse, l’ancien ministre développe une stratégie économique que n’aurait pas reniée son mentor : « il faut mener à court terme une politique respectueuse de notre croissance économique, (…) : investissement public dans des domaines clés et baisse durable des dépenses courantes ». Soit la relance et la rigueur. La vaseline et le tabasco. L’ensemble emballé dans une langue lisse, gommant par des euphémismes des opinions libérales tranchées, gonflant avec emphase de timides engagements sociaux.
L’impétrant de droite annonce la mine grave sueur et larmes s’il est élu, tandis que l’impétrant de gauche promet sourire aux lèvres le pétard pour tous avec un pécule mensuel pour s’acheter des feuilles. Empruntant à l’un et à l’autre, usant selon ses besoins du nez rouge ou de la poudre de riz, sympathique et inquiétant, entre Boris Vian et Boris Karloff, se dresse Macron, inaugurant un positionnement idéologique inédit : l’extrême-centre.

Les yeux plus gros que le centre Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°181 , mars 2017.
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