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Domaine étranger L’histoire travestie ?

avril 2017 | Le Matricule des Anges n°182 | par Thierry Cecille

Un passé qui ne passe pas peut éclairer un présent trouble : Monique Slodzian et Zakhar Prilepine donnent leur vision de la nouvelle Ukraine.

L' Ukraine depuis le procès Schwartzbard-Petlioura (1927)

Alors que la presse pointe régulièrement les dérives réactionnaires et xénophobes des actuels dirigeants en Hongrie comme en Pologne, ceux qui gouvernent l’Ukraine demeurent à l’abri d’un semblable regard perspicace. Sans doute les combats de Maïdan (durant l’hiver 2013-2014), avec leur lot de victimes injustement sacrifiées, ressortent-ils à cette geste épique dont nous sommes toujours admiratifs, sans doute notre antipathie légitime envers Poutine explique-t-elle cette captatio benevolentiae initiale : les ennemis de nos ennemis ne pourraient être que nos amis… Les éditions de La Différence nous offrent alors l’occasion, sinon d’un jugement, du moins d’un questionnement moins univoque, plus contrasté, ambigu, sur l’Ukraine de Porochenko. Monique Slodzian explore ce que signifie, encore aujourd’hui, le procès Schwartzbard-Petlioura, qui eut lieu à Paris, en 1927 – en même temps qu’elle traduit ce Journal du Russe Prilepine. Elle publia naguère un essai Les Enragés de la jeune littérature russe dans lequel elle présentait des écrivains qui, tel Prilepine, expriment des positions peu politiquement correctes pour le lecteur occidental – à l’instar de leur précurseur, le sulfureux Limovov.
Il faut signaler d’emblée, comme le mentionne l’éditeur, que Prilepine « a combattu en Tchétchénie entre 1996 et 1999 », est « membre du parti national-bolchévique » et, depuis février dernier, « a été fait commandant d’un bataillon spécial, chargé de la formation politique, par la présidence de la République non reconnue du Donetsk ». On ne s’étonnera donc pas de son mépris pour les « libéraux » russes, auxquels il ne cesse de reprocher leur aveuglement et leur anti-patriotisme, mais on peut trouver assez déplaisante cette insistance quand on sait que certains de ceux qu’il estime ici être des traîtres paient de leur vie cette position tout de même risquée… On sera donc plus sensible et attentif au réquisitoire – argumenté – qu’il fait de la politique du gouvernement ukrainien, de ses mesures russophobes, de sa cécité face aux revendications et aux angoisses de cette partie de la population qui a décidé de suivre les insurgés des républiques sécessionnistes du Donbass. Il insiste également avec force exemples sur l’idéologie revancharde et négationniste qui anime de nombreux dirigeants actuels : les statues déboulonnées de Lénine ou du soldat de l’Armée Rouge vainqueur de la Grande Guerre patriotique ont çà et là été aussitôt remplacées par celles des exterminateurs de Juifs Petlioura et Bandera.
C’est en effet à ces personnalités, aujourd’hui encensées en Ukraine, que s’intéresse Simone Slodzian – nous transportant dans cette France elle aussi déchirée mais passionnante de l’entre-deux-guerres. Le 26 mai 1926, Samuel Schwartzbard, Juif ukrainien, assassine Simon Petlioura, ancien dirigeant de l’Ukraine un temps indépendante. Schwartzbard commet cet assassinat pour venger les dizaines de milliers de victimes des pogroms qui, à l’instigation de Petlioura, furent commis durant la chaotique année 1919. Simone Slodzian y voit avec raison l’antichambre du Génocide : non seulement les lieux de ces massacres furent parfois voisins de ceux de la Shoah par balles, mais, plus troublant encore, les massacreurs furent parfois les mêmes : des affidés de Petlioura, ou Bandera lui-même, dirigeant nationaliste en 1919, allié des nazis dès 1941, contre l’ennemi, bien entendu, judéo-bolchévique.
Alors qu’en 1927 les jurés français acquittèrent Schwartzbard, après avoir eu connaissance des responsabilités de Petlioura, aujourd’hui, souligne avec une amère ironie Monique Slodzian, « ce verdict constitue une offense inexpiable à la dignité nationale et la réouverture du procès de Paris est régulièrement réclamée par les leaders nationalistes » ! Thierry Cecille

Journal d’Ukraine, de Zakhar Prilepine
Traduit du russe par Monique Slodzian,
La Différence, 255 pages, 21
L’Ukraine depuis le procès Schwartzbard-Petlioura (1927), de Monique Slodzian, La Différence, 270 pages, 17

L’histoire travestie ? Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°182 , avril 2017.
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