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Domaine étranger Génération perdue

avril 2017 | Le Matricule des Anges n°182 | par Thierry Cecille

Dernières nouvelles de Grèce, sous la plume caustique de Christos Ikonomou : la guerre civile larvée menace.

Le Salut viendra de la mer

Ceux d’aut’part, qu’ils nous appellent. Et Athéniens. Même nous, ceux du Pirée. Mais ceux de Larissa, de Thessalonique, de Patras ou de n’importe où, ils les appellent tous Athéniens. Et notre coin, d’Aya Marina jusqu’à Bares, ils l’ont appelé le quartier des Athéniens. D’où qu’on vienne, Athéniens, tous. Les Athéniens, les réfuchiés, ceux d’aut’part. » Dans une île grecque, une de ces îles dont nous rêvons tous, rien qu’à entendre leurs noms, quelque part entre Naxos et Amorgos (à Folegandros précise le traducteur), se sont exilés, réfugiés, les laissés-pour-compte (euphémisme fréquent de la novlangue européenne), les victimes de la crise grecque. Pas n’importe lesquelles cependant : ceux qui sont allés jusque-là ne sont pas les plus démunis, les fonctionnaires retraités, par exemple, qui en sont réduits à la soupe populaire, mais ceux qui ont encore du ressort, des projets, des rêves même. Face à eux, pourtant, se trouvent « les rats »  : ainsi nomment-ils les autochtones, ceux qui surent, naguère, les exploiter, ces îles, en ces temps-là où « la mer allée / avec le soleil » rapportait ! « Toutes ces années ils nous ont volés et voilà que c’est nous les voleurs. Ils nous volaient et là ils nous détestent. Toutes ces années on a volé la Grèce et maintenant qu’on l’a pillée on la déteste. Pareil pour nous. Ils nous ont pillés, ils n’ont plus rien à voler, alors ils nous détestent. Comme si on avait choisi de quitter nos maisons pour venir en exil dans ce trou paumé. Comme si on était d’un autre pays, comme si on n’était pas tous la même mauvaise graine, tous des Grecs. »
Christos Ikonomou poursuit ici, sur son pays défait, déboussolé, le diagnostic accablant qu’il avait commencé d’établir dans son précédent roman, au titre tout aussi antiphrastique : Ça va aller, tu vas voir (voir Lmda N°171). Le salut ici espéré – et qui ne viendra pas, ni de la mer, ni d’ailleurs – c’est donc celui de certains de ces « réfuchiés », que nous découvrons à travers cinq histoires, indépendantes, comme des courtes nouvelles, mais qui entretiennent entre elles des liens subtils, résonnent d’échos. On trouve en particulier dans chacune d’entre elles des monologues, longues diatribes, réquisitoires, mêlant l’oralité la plus vive à une éloquence oratoire surprenante – que Michel Volkovitch parvient parfaitement à nous faire entendre. Face au destin qu’ils doivent affronter, la bonne volonté, l’énergie du désespoir, la débrouillardise ne suffiront pas – et la parole, alors, en des sortes d’incantations à la fois lancinantes et comme hallucinées, sert d’exutoire à ces hommes blessés, à ces hommes creux. C’est que ces migrants-là, de l’intérieur, ne rencontrent aucune solidarité, à l’inverse de ceux d’autrefois, ceux que la Catastrophe, en 1922, chassa d’Asie mineure. Ils ne sont parés d’aucun héroïsme : « Dans l’état où se trouve ce pays est un héros non pas celui qui lutte contre le mal, mais celui qui apprend à vivre avec le mal ».
Un anarchiste tente de mettre une bombe dans un sex-shop – et se retrouve en fauteuil roulant, un jeune couple veut ouvrir une « ouzerie » en bord de mer, mais celle-ci est livrée aux flammes d’un incendie criminel, des adolescents se pendent, un père de famille disparaît dans une grotte (qui porte pourtant, humour noir d’Ikonomou, le nom de « Katafayi » – le Refuge) après avoir été humilié par les séides du mafieux local, celui qui a en main les clés du « système ». Peu à peu les exilés se rendent compte que l’île est une prison, comme certaines d’entre elles le furent pour les prisonniers politiques, quand on torturait et laissait mourir de faim les anciens résistants et les communistes, à Makronissos : « C’est comme ça. Une prison. Ils savaient ce qu’ils faisaient, ceux qui te déportaient sur les îles autrefois. Et nous y revoilà. Tu me diras, maintenant on a la démocratie. Bien sûr. Autrefois on t’envoyait sur les îles de force, aujourd’hui on y va tout seuls. »
Et autour ? Autour c’est la Méditerranée, où se noient ceux qui croient encore que les Paradis ne sont pas tous perdus.

Thierry Cecille

Le Salut viendra de la mer,
de Christos Ikonomou
Traduit du grec par Michel Volkovitch,
Quidam éditeur, 187 pages, 20

Génération perdue Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°182 , avril 2017.
LMDA papier n°182
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