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Poésie La fascination de l’impossible

mai 2017 | Le Matricule des Anges n°183 | par Richard Blin

En nous faisant partager sa lecture de l’œuvre si singulière d’Ivar Ch’Vavar, Pierre Vinclair nous livre un récit d’initiation à la poésie.

Le Chamane et les phénomènes : poésie avec Ivar Ch’vavar

On sait l’intérêt de Pierre Vinclair pour l’épopée, les formes pré-modernes de littérature et la « poésie première » des récits de création dont les pouvoirs de captation et de fascination le séduisent. Poète lui-même – Barbares et Les Gestes impossibles (Flammarion/Poésie) –, il ne cesse d’interroger notre modernité en cristallisant sa réflexion autour de trois pôles : la forme du poème, le rapport du poème au réel et l’histoire de la poésie. Ainsi, c’est tout le travail du poème, qu’il questionne, ce qui ne pouvait que le conduire à rencontrer l’œuvre d’Ivar Ch’Vavar, l’un des poètes contemporains les plus sidérants, et l’auteur d’une prodigieuse somme de « poétique en situation », consacré justement au Travail du poème (Les Vanneaux, 2011).
À la tête d’une œuvre protéiforme – sous plus de cent hétéronymes (Cadavre grand m’a raconté, Le Corridor bleu/Éditions Lurlure) –, Ivar Ch’Vavar – qui fut l’animateur inspiré du Jardin ouvrier (Flammarion/Poésie), une revue où furent expérimentés des modes de composition radicalement nouveau – a inventé une pratique du poème qui, par la matérialité du texte et sa manière de prendre en charge le réel, retrouve l’élan initial de toute poésie : la confrontation d’une langue et d’un monde. Il s’agit de recommencer la poésie en partant du plus bas, du réel, de « ce qui est là » tout de suite, avant même la langue. Mais comment, avec des mots – qui ne sont que les éléments d’un code arbitraire, sans aucune prise vraie sur ce qui est – rendre ce réel, ce qu’on a sous les yeux « et que nous ne savons pas voir »  ? Comment le faire voir à l’aide d’une opération purement linguistique ? C’est le défi de cet impossible – dire ce qui ne peut se dire avec du langage – que relève Ivar Ch’Vavar. Et c’est ce « programme impossible », les formes folles, les transgressions et les « objets impossibles » qu’il a engendrés, que traque, illustre et accompagne quasi fraternellement Pierre Vinclair.
En traçant un itinéraire dans l’œuvre de Ch’Vavar, il met à nu une pratique poétique qui tient de la recherche d’une « expérience mystique immanente », c’est-à-dire d’une volonté de se fondre, non avec l’au-delà, mais avec le réel tel qu’il est. Il nous montre comment un poète écrit avec la langue contre la langue. Contre d’abord la langue d’usage puis contre sa langue même de poète, ses effets balisés par la rhétorique et la tradition poétique. Il ne s’agit pas de nommer (nommer c’est seulement avancer un nom) mais justement de dire quelque chose de l’être de ce qui est, de le formuler dans la langue avec des mots qui ne peuvent le faire que par hasard ou par miracle. La seule solution consiste à trouver une manière d’écrire et d’organiser des signes sur la page qui puisse créer des étants, des objets sonores, visuels, flagrants, et tout vibrants de la trémulation de ce qui est.
Ce qui passe par l’invention et l’usage de contraintes qui, en opposant des règles inédites à des règles conventionnelles, obligent à des déplacements, à des manières autres de construire des phrases, d’organiser les mots. Un travail qui, en conjuguant effractions et dissonances, impropriétés lexicales et faux-pas grammaticaux, provoque l’apparition de formules ou d’images inédites et même « impensables ». Qui fait émerger voix et visions, suscite des « images », souvent « outrées, burlesques, grotesques », mais qui arrachent à la langue une vision du monde, libèrent une émotion libre, et non plus canalisée par un savoir-faire, imposent une présence, participent de cette formulation miraculeuse capable de montrer ce qui est, dans son évidence et son insoupçonnable harmonie cachée.
La création de ces « objets sensibles », où les mots s’émancipent des usages attendus pour reconfigurer les rapports entre les choses selon une logique qui n’est pas celle de la pensée d’entendement, et qui permettent d’avoir accès à l’envers des apparences, relève d’une forme de chamanisme poétique, d’un art du lâcher-prise, et de la capacité à retrouver son regard d’enfant, un regard qui, vierge de toutes convenances sociales et des règles de la bienséance, est ouverture émerveillée sur le réel. « Il y a poème là où de l’être se montre dans le monde. » Elle est là, la vérité de la poésie : dans cet effort désespéré d’atteindre le réel en se faisant soi-même le lieu de ce passage, de cette tension, de cette impossibilité. L’œuvre « monstrueuse » d’Ivar Ch’Vavar en est l’épreuve et la preuve.

Richard Blin

Le Chamane et les phénomènes, de Pierre Vinclair
Éditions Lurlure, 200 pages, 21

La fascination de l’impossible Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°183 , mai 2017.
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