La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français La tête dans le guidon

juin 2017 | Le Matricule des Anges n°184 | par Anthony Dufraisse

Dans un essai autobiographique, l’ancien coureur Olivier Haralambon témoigne autant qu’il philosophe sur « l’être pédalant ».

À quelques semaines du départ de cette grande transhumance folklorique qu’est le Tour de France, voilà un livre comme rarement on en aura lu sur le cyclisme. C’est l’un des tout meilleurs, disons-le d’emblée, sur ce sport qui, d’ailleurs, n’en est pas un selon l’auteur Olivier Haralambon : « Le cyclisme n’est pas plus du sport que la peinture de Caravage n’est jolie, il faut en finir avec ces niaiseries », écrit celui qui a été ancien coureur, accro au bitume pendant des années. S’il ne remonte plus qu’occasionnellement en selle, ce quinqua qui a « violemment aimé le vélo » a pris, études de philosophie à l’appui, la distance critique nécessaire à la formulation d’une pensée de « l’être pédalant ». Et c’est cette particularité, un pratiquant intellectualisant au plus haut point sa pratique, qui rend si précieux cet essai autobiographique. En tant qu’« enfant de la pédale », « premier moine aux jambes rasées » de sa famille, il voit les choses de l’intérieur et parle à partir de son vécu. Et en même temps, en tant qu’essayiste solidement outillé, il sait s’abstraire pour regarder les choses avec hauteur.
Dans un entretien qu’il avait accordé au moment de la parution du Versant féroce de la joie, une fiction sur le destin tragique du coureur belge Frank Vandenbroucke mort en 2009, Olivier Haralambon justifiait son projet romanesque en ces termes : « Intéressons-nous à ce que les gens ont dans la tête, à ce qui les meut profondément. C’est l’intériorité qui m’intéresse, l’incommensurable ». Cette déclaration en forme d’aiguillon vaut tout autant pour Le Coureur et son ombre. L’incommensurable, « l’immensité sans fond de la vie » comme dit ici Haralambon, c’est en réalité de cela qu’il s’agit dans ce livre. Mais reprenons plus en détail.
En revenant sur les chemins de son enfance, à la préhistoire d’une passion, Olivier Haralambon raconte avec des mots justes et touchants comment la relation toujours plus poussée au vélo procède d’un apprentissage des sens. Là commence le goût de « la solitude de l’effort » jusqu’à la douleur, celle qu’on redoute autant qu’on l’appelle. Là s’origine le plaisir de cette dépense physique qui confine à l’ivresse des cimes ou des profondeurs, suivant qu’on est dans la peau du grimpeur en danseuse ou dans la position du descendeur, trompe-la-mort en pleine vitesse. C’est à cette époque des débuts, et plus ou moins confusément alors, qu’il vit ses premiers « enchantements », et les « éblouissements » offerts par une pratique pulsionnelle, quasi obsessionnelle. « Certain d’extraire le jus de l’existence » dans « le geste de pédaler », Haralambon observe, avec les années, l’étrange et irrépressible fusion qui s’opère entre l’homme et la machine. Sur sa bécane, le corps « étrangement accroupi » du coureur entre en symbiose presque érotique avec la machine : « M’y enfonçant, m’y enfilant, m’ajustant à ma peau, c’est la machine que j’assimile, le vélo que j’incorpore ». Traduisant avec la précision d’un anatomiste fétichiste cette mécanique du corps en action, Haralambon dit bien ce que cet attelage exprime d’un certain rapport au monde, tout d’ambivalence, entre transfiguration et incarnation. Tour à tour ventriloque et poète, il fait parler la psyché, les muscles, les boyaux et l’épiderme. Et puis, mieux qu’aucun autre peut-être, il évoque le peloton, « monstre fabuleux, comme un dragon de Nouvel An chinois », « hydre », « essaim », « grand animal qui bruisse, sue et sent ». Matrice ambulante avec laquelle, pour gagner, il faut savoir couper le cordon ombilical à chaque course.
Et puis il y a le dopage. Les pages sans moralisation qu’Haralambon consacre à cette question sont parmi les plus pertinentes et, au fond, emblématiques du livre. La quête des paradis artificiels, la sublimation chimique cristallise, au risque de la mort, la folle tentation de la métamorphose mythologique pour accéder à l’Olympe des champions. Oui, l’incommensurable à portée de guidon.

Anthony Dufraisse

Le Coureur et son ombre,
d’Olivier Haralambon
Premier Parallèle, 153 pages, 16

La tête dans le guidon Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°184 , juin 2017.
LMDA PDF n°184
4.00 €
LMDA papier n°184
6.50 €