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Domaine étranger Same world

juin 2017 | Le Matricule des Anges n°184 | par Dominique Aussenac

Dans un roman aussi cocasse que grave, la Danoise Maren Uthaug repose la question des origines.

La Petite Fille et le monde secret

Au-delà du cercle polaire s’étend la Laponie. Ses habitants appelés Sames ou Samis peuplent le nord de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et la presqu’île russe de Kola. C’est le pays du très mondialiste Père Noël et celui fantasmé de nombreux aryens, nazis et autres thuriféraires de la race dite blanche. Le roman de Maren Uthaug, illustratrice et auteure de BD, née en 1972 de mère norvégienne et de père same ne les cite pas. Il cible a contrario le problème de l’identité, de la perte des racines, de l’acculturation et plus généralement de notre présence en ce bas (sic) monde.
Risten, l’héroïne qui deviendra Kirsten au gré de ses pérégrinations a vécu une enfance hantée par les mythes, légendes, superstitions qu’Ahkku, sa grand-mère, un brin chamane, lui racontait. Jusqu’à l’adolescence, elle percevra les présences maléfiques s’infiltrant du monde souterrain et tentera de s’en protéger grâce à des amulettes, prières et autres rituels hyper-contraignants. Ces créatures ne trouvent rien de mieux que de se déguiser en êtres humains. Leurs femelles volent les nouveau-nés. « – Parce qu’elles ont des hommes et des enfants d’une laideur épouvantable. Et c’est aussi pour ça qu’elles ont parfois l’idée d’échanger nos enfants avec les leurs à leur naissance. Si jamais tu rencontres un enfant avec un bec-de-lièvre, un pied bot ou une tête à la forme bizarre, tu peux être sûre qu’il a été échangé à sa naissance. Donc c’est un sous-terrien que tu regardes.  » Ainsi chaque fois que Risten fait une rencontre, elle tourne autour de la personne, afin de vérifier qu’aucune queue ne dépasse de ses vêtements…
Dans une famille aussi déstructurante que pittoresque, la mère Rihtta apparaît comme un être sec, hargneux, très distant, l’oncle en religieux mystique, d’autres parents vivent incestueusement reclus au cœur des montagnes. Le père, norvégien, juriste dans une association de protection du peuple Same affiche un appétit sexuel assez intense. Suite à ses frasques, l’enfant devient l’enjeu de mystérieuses convoitises familiales. Pour la sauver d’un rapt éventuel, le père déménage avec sa fille de 7 ans au sud du Danemark chez sa nouvelle compagne. Nouveau monde, nouvelle langue, nouvelle identité, Kirsten est coupée de ses racines et de sa famille maternelle. En revanche, elle transpose dans son nouveau pays, l’imaginaire, les peurs et croyances légués par sa grand-mère qu’elle ne reverra plus. Son don extraordinaire pour le dessin, la possibilité de retranscrire de mémoire visages, paysages, scènes de son enfance, lui permettent peu à peu de s’adapter à son environnement. Elle sera élevée avec Niels, orphelin vietnamien échoué en Scandinavie qui partagera son monde onirique. Vingt après, elle part présenter son fils à sa mère dont elle n’a jamais eu de nouvelles. Les retrouvailles sont brèves. La mère se suicidera peu après. Un élément conduit alors Kirsten à s’interroger sur ses véritables origines biologiques. « Sa mère n’est pas sa mère. C’est sa tante qui est sa mère. Ravna est sa mère. Et Ravna n’est pas morte.  »
Le roman va au-delà du plaidoyer pour la défense du peuple Same et de sa langue, le svène. S’il met en exergue le mépris mâtiné de racisme pour les cultures minoritaires, l’agonie de celles-ci par la dégénérescence, l’alcoolisme ou la folie, il évoque aussi les limites de l’enfermement culturel et s’interroge sur les possibilités contemporaines de garder ses racines tout en restant ouvert au monde. L’univers de l’enfance, son fantastique, son inventivité, sa magie, ses terreurs y est ici remarquablement brossé. Le récit porté par une écriture claire, sensible, très imagée, alterne les allers-retours passé-présent, ainsi que les rebondissements. Il révèle une très subtile conteuse, transposant pertinemment les contes dans la vie réelle.

Dominique Aussenac

La Petite Fille et le monde secret,
de Maren Uthaug, traduit du danois
par Jean-Baptiste Coursaud, Actes Sud, 290 pages, 22

Same world Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°184 , juin 2017.
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