La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger La vie est un miracle

juin 2017 | Le Matricule des Anges n°184 | par Camille Cloarec

Avec Halgato, le regard tendre et truculent que Feri Lainšcek porte sur la communauté tsigane est aussi mordant.

L’heure est aux événements qui jettent de longues ombres. » Ainsi s’ouvre le roman de Feri Lainšcek qui, bien qu’inconnu en France, est une figure majeure de la littérature slovène. Au cœur du Prekmurje, région orientale de la Slovénie aux confins de l’Autriche, de la Croatie et de la Hongrie, un petit campement de Tsiganes s’est installé : c’est Lacki roma, cité fictive proche de la mystérieuse « Ville ». Nous sommes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et le pays est soumis à la République populaire fédérative de Yougoslavie, dirigée par le maréchal Tito. Ce contexte politique ombrageux justifie l’accroche, sombre, fataliste.
Halgato, surnommé « Zyeuxclos », est le personnage principal du récit. Fils de Tereza et de Mariška, il a connu une enfance solitaire. Son père, recherché par l’OZNA (la police politique yougoslave), a disparu après lui avoir légué un « violon ensorcelé ». Sa mère, dévastée, le délaisse. Puis elle s’unit avec Bumbaš le Rémouleur, qui ramène ses enfants au foyer familial. Le fils, Pišti, devient le compagnon d’Halgato. Ensemble, ils parcourent la région à la suite de Bumbaš, à la recherche d’un peu d’argent. Cependant, Pišti est bientôt envoyé par son père étudier en ville, et ses deux sœurs plongent la maisonnée dans le déshonneur, en tombant toutes les deux enceintes.
La tragédie n’est jamais bien loin de Lacki roma. Le destin de la plupart des personnages est d’ailleurs catastrophique. L’énigme de la mort de Mariška hante ceux qui l’ont côtoyé : « Mariška était des nôtres, Mariška était tsigane. Mariška était notre malheur tsigane », disent-ils. Celui de Tereza, veuve puis épouse malheureuse, n’est pas plus gai. Quant à celui d’Halgato, abandonné au hasard des routes et des auberges, il est le plus terrible. Car tous les Tsiganes, sans exception, sont victimes de la vie. « Aucun chagrin ne vaut autant que la tristesse tsigane  », écrit Feri Lainšcek. Naître tsigane, c’est être destiné au drame et au malheur.
Le quotidien de Lacki roma, instable et haut en couleur, est dominé par trois éléments : la tristesse, l’alcool et la musique. Les hommes boivent invariablement trop, dépensent souvent la totalité de leurs maigres salaires, frappent et trompent. Les femmes les attendent, inépuisables, silencieuses. Et les enfants assistent à ce spectacle mené par les adultes, à leurs réactions extrêmes, à leurs paroles excessives. L’intensité et la complexité des relations entre les personnages rappellent les films d’Emir Kusturica : détruire une maison, assassiner un voisin, se suicider sont autant d’événements courants. Seule la musique apaise cet ordinaire pétri de tragédies, et confère au violoniste Halgato un pouvoir non négligeable. Muni du violon blanc qu’il a hérité de son père, il fait « jaillir de telles mélodies que les hommes, ensorcelés par le sublime, vidaient les verres, les fracassaient par terre et en commandaient de nouveaux.  »
Cette plongée au cœur de cette ville marginale nous emporte dans un monde où les règles et les valeurs sont singulièrement éloignées des nôtres. Chaque personnage dispose d’un surnom (le Gros Babič, Fico le Teigneux), d’une amulette pour éloigner les mauvais sorts et les femmes possessives, et de croyances occultes. Quant à l’argent, personne n’en a cure, « car pour gagner de l’argent – surtout pour en gagner tous les mois –, on devait certainement être soit blanc soit voleur. » Le Tsigane est donc destiné à la pauvreté et à l’exclusion sociale. Mais la bienveillance du roman de Feri Lainšcek nous rend cet univers attachant et émouvant. L’accumulation de désastres devient presque comique, et du désespoir naît une forme de beauté. « Comment arriver à quoi que ce soit quant tout se transforme en crotte sous mes doigts ? », déplore Bumbaš, théâtral. Poétique, résigné, dramatique, Halgato est un très bel hymne à ces êtres égarés et vagabonds.

Camille Cloarec

Halgato, de Feri Lainšcek
Traduit du slovène par Liza Japelj-Carone, Phébus, 240 pages, 17

La vie est un miracle Par Camille Cloarec
Le Matricule des Anges n°184 , juin 2017.
LMDA PDF n°184
4.00 €
LMDA papier n°184
6.50 €