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Domaine français Le roman de la commune

octobre 2017 | Le Matricule des Anges n°187 | par Emmanuelle Rodrigues

Des personnages de la geste communarde, Michèle Audin en retrace les moments victorieux comme la défaite finale, l’exil et pour finir, l’oubli.

Comme une rivière bleue : Paris 1871

Michèle Audin est mathématicienne, mais c’est aussi une romancière, qui se plaît à raconter des histoires. Contrairement aux historiens qui versent parfois dans la fable, elle s’en tient à la rigueur des faits historiques. Sa méthode : reconstituer et imaginer des personnages qui ont existé et les relations qui les ont unis, et précise-t-elle : « toutes les situations auraient pu se produire. Ou se sont produites. » Après deux premiers livres, l’un, Une vie brève, magnifique portrait de son père, militant communiste, disparu après son arrestation durant la guerre d’Algérie, l’autre, Mademoiselle Haas, composé de vies imaginaires, son troisième roman dépeint une admirable fresque à la mémoire des habitants des faubourgs de la capitale, qui durant la Commune menèrent l’insurrection du 18 mars 1871. « Le murmure de cette révolution qui passe tranquille et belle comme une rivière bleue  », tels sont les mots de Jules Vallès, l’auteur de L’Insurgé, évoquant les jours de mars 1871, qui sont ici repris : l’emprunt constitue une sorte d’hommage rendu aux anonymes, tout autant acteurs de cette séquence révolutionnaire, qui seront durant la Semaine sanglante, et les derniers jours de mai, massacrés par l’armée versaillaise de Thiers, bien mieux organisée et équipée. La dédicace du livre s’adresse ainsi « à tous les vaincus / – pas parce qu’ils ont été battus / mais parce qu’ils se sont battus ».
Au long de ces pages foisonnantes et extrêmement documentées, le roman ne dévie pas de son cours, laissant aller son flot de personnages, de faits et gestes, autant de scènes où le présent l’emporte parfois sur le passé. Les affects ont également leur place, comme en atteste la description de la foule venue place de l’Hôtel-de-ville acclamer la proclamation de la Commune, le 28 mars 1871. La révolution, n’est-ce pas aussi une fête ? Un moment de fraternité ? Du moins, il y a là un peuple porté par la joie, de celle qui s’apparente à une force d’agir et d’être. Viendront ensuite des combats très meurtriers : les estimations des victimes de la Commune s’élèvent à environ vingt à trente mille disparus. Et, s’interroge-t-on, ce moment terrible de la mémoire parisienne peut-il avoir été tout à fait englouti, et oublié ? Du moins, c’est ce que le narrateur entreprend de comprendre. Pour ce faire, le voici narrant ses déambulations dans la ville actuelle à la recherche du Paris communard. Féru d’histoire et amateur d’archives, il passe de longues journées en bibliothèque à déchiffrer Le Cri du Peuple, le journal de Vallès, consulte les archives de l’Académie des sciences, ou encore les exemplaires du Journal Officiel. À la faveur de l’Histoire de la Commune de 1871 de Lissagaray, témoignage auquel le narrateur se réfère fréquemment, le passé resurgit imbriqué plus qu’il n’y paraît au présent. Ainsi, le roman reconstitue-t-il en toile de fond le tissu social et politique de l’époque et ses retentissements jusqu’à nos jours. À l’instar du philosophe Walter Benjamin, selon qui « rien de ce qui eut jamais lieu n’est perdu pour l’histoire », rien ne l’est tout à fait non plus pour la romancière. L’espace parisien donne lieu à une exploration de ses lieux de mémoire. Le massacre des fédérés, mais aussi des citadins assiégés, est-il mis en regard avec la manifestation d’octobre 1961 durant laquelle le cortège pacifique des Algériens, en plein Paris tourna au massacre : « la répression à Paris, les morts et les disparus de la guerre ici et en Algérie, sont aussi une des suites de cette histoire. (…) La description des prolétaires parisiens, ces pauvres, ces misérables, sales, affamés, chétifs, difformes, vulgaires, illettrés (…) n’évoque-t-elle pas les “indigènes” ? (…) La répression de “l’insurrection” parisienne a été le fait d’une armée dont les chefs avaient fait leurs classes en massacrant des “indigènes” algériens ». Michèle Audin ne prétend pas faire œuvre d’historienne, mais offre au lecteur un récit autre, qui fait réapparaître ces oubliés, ici clairement nommés : « Un disparu, c’est un homme (si c’est un homme, mais il y eut aussi des femmes) pour lequel il n’y a pas d’acte de décès, dont la femme ne peut se remarier, dont les enfants n’héritent pas… »

Emmanuelle Rodrigues

Comme une rivière bleue, de Michèle Audin,
L’arbalète/Gallimard, 399 pages, 23,50

Le roman de la commune Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°187 , octobre 2017.
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