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En grande surface No milf today

octobre 2017 | Le Matricule des Anges n°187 | par Pierre Mondot

Nombreux les écrivains qui, frustrés par leur faible influence sur la course du monde, entament une carrière politique dans l’espoir de jouir enfin d’une parole performative. Plus nombreux encore ceux qui accomplissent le chemin inverse. À l’époque où les critiques se focalisaient sur leur inculture, les politiques éditèrent des biographies de grandes figures historiques. Et Lang de raconter François Ier, Bayrou Henri IV, Juppé Montesquieu et Villepin (qui ose tout, c’est son génie) Napoléon.
À présent que l’opinion reproche aux élites leur distance avec les masses et leur méconnaissance des réalités du terrain, c’est vers la littérature populaire que se tournent nos élus. Double bénéfice : signer un roman de gare permet de se délivrer de l’image de technocrate désincarné puis, quand le texte se révèle médiocre, de parer aux critiques en s’abritant derrière la frivolité d’un genre littéraire dit mineur. Éva Joly, Vincent Peillon, Jean-Louis Debré, Édouard Philippe, se choisirent le polar pour violon d’Ingres, et y pissèrent allègrement.
Marlène Schiappa, à l’heure où elle enfonçait ses escarpins dans les gravillons de la cour de l’Élysée en tant que secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, publiait aux éditions Charleston Les Lendemains avaient un goût de miel.
Aux éditions quoi vous dites ? Charleston : « l’éditeur du féminin », qui organise chaque année le « Prix du livre romantique », comme nous l’apprend la page d’accueil du site. Tss. Ça commence bien l’égalité. On s’offusque de ces piscines municipales qui proposent des horaires de brasse coulée exclusivement réservés aux femmes quand l’industrie culturelle maintient encore un archaïque partage des eaux.
On le devine au titre, ce n’est pas le genre policier qu’a choisi la jeune femme, mais plutôt celui de la pastorale, afin d’y narrer à la première personne la vie d’une bisaïeule qui épousa au début du siècle dernier un riche diplomate italien, quand rien ne l’y prédestinait.
Mais pas seulement. Cédant à la manie de l’époque qui veut qu’une photo perde tout intérêt si son auteur ne s’insère pas dans le cadre, Marlène alterne la biographie de l’arrière-mamie avec le récit d’elle-même découvrant cette histoire.
Mais pas tout à fait. Car la jeune femme jure que le personnage de la lectrice, « qui donne du relief et de la perspective aux passages historiques » n’a « rien à voir » avec elle (on croirait entendre un militant d’En marche ! protester de sa neutralité idéologique). Et la preuve, le blog tenu par l’héroïne se nomme « En avant les mamans ! » quand celui qui assura la notoriété de la presque ministre a pour nom « Maman travaille ».
Car c’est autour de la figure maternelle que s’articule la doctrine de Marlène Schiappa. Mieux qu’un féminisme, c’est un mamanisme : « Donner la vie. La chose la plus difficile et la moins considérée du monde. » Où la gravidité marque une existence réussie, comme l’acquisition d’une Rolex chez les Séguéla. On y retrouve cette philosophie du gynécée autrefois dénoncée par Barthes dans ses Mythologies : « Aimez, travaillez, écrivez, soyez femmes d’affaires ou de lettres, mais rappelez-vous toujours que (…) votre liberté est un luxe, elle n’est possible que si vous reconnaissez d’abord les obligations de votre nature ».
La narratrice-qui-n’est-pas-tout-à-fait-Marlène ressemble à la plupart des protagonistes féminins des fictions contemporaines. Une gourde sympathique, dans le sillage de Bridget Jones, dont le rapport au monde pourrait se résumer par l’interjection Oups. Moderne : « Enfin ! Le réseau revient. Je peux donner des nouvelles à ma communauté. » Et libre : « Tu sais, il y a des filles qui ont un radar à mec riche… »
Au terme d’une intrigue alambiquée – le jeune Italien rencontré dans le train était en réalité un notaire chargé d’observer les réactions de l’héroïne à la lecture des confessions grand-maternelles pour savoir si elle était digne de l’héritage de la bisaïeule – le personnage reçoit en legs le manuscrit de la chanson « Le temps des fleurs », un succès de Dalida prisé des troisièmes mi-temps (tard dans la nuit, on peut apercevoir au fond des tavernes des molosses au regard ébrieux s’enlacer sous cet hymne). Et tout s’éclaire : le titre du livre provient du deuxième vers du couplet. L’ensemble constitue le fruit de « dix années de travail » (le devis avec le détail de la main-d’œuvre se trouve dans l’avant-propos).
Françoise Giroud, qui occupa un maroquin semblable à celui de Marlène Schiappa (c’était la « condition féminine ») écrivait : « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. »
Attendons un peu et voyons si la lutte continue.

No milf today Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°187 , octobre 2017.
LMDA papier n°187
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