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Domaine français Le commencement et la fin

novembre 2017 | Le Matricule des Anges n°188 | par Richard Blin

Jean François Billeter montre comment l’expérience de la perte peut devenir la source d’une joie austère et d’un sens renouvelé de ce que nous sommes.

Une rencontre à Pékin

Si l’on connaissait Jean François Billeter en tant qu’éminent sinologue, que directeur du département de langue et littérature chinoise de l’université de Genève, et comme auteur d’ouvrages sur Tchouang-Tseu, ou d’essais sur la traduction ou l’art chinois de l’écriture, nous découvrons aujourd’hui, à travers deux récits formant diptyque, la face intime de l’homme.
Le premier – Une rencontre à Pékin – raconte comment, durant ses études à Pékin, au début des années 60, il fit la connaissance de Wen, une jeune femme médecin qui allait devenir son épouse. Une histoire rocambolesque dans une Chine qui n’existe plus, où Pékin était encore « une sorte de village aux ruelles de terre battue, bordées de murs de brique grise, protégées du soleil par la frondaison d’arbres plantés dans les cours », et où tout était fait pour que l’étranger vive coupé du monde environnant. Parallèlement à sa découverte progressive d’une réalité politique et sociale qui devait rester cachée, lui qui fut le premier étudiant suisse en Chine, conte tous les obstacles qu’ils durent, elle et lui, franchir pour devenir mari et femme. Un récit qui évoque ensuite leurs retours à Pékin, dans une Chine laissée exsangue par la révolution culturelle, et la découverte de l’incroyable histoire des parents de Wen, sous l’ancien régime.
Le second ouvrage, Une autre Aurélia, nous livre les notes prises par Jean François Billeter, après la mort de Wen, en novembre 2012, au terme d’une aventure commune de quarante-huit ans. À l’exemple de Gérard de Nerval, qui entreprit, dans Aurélia de rendre compte des dérèglements qui se produisirent « dans les mystères de son esprit », il va noter ce qui se passe en lui et la façon dont il fait face aux forces dévitalisantes. Un livre où la chronique, l’observation et la réflexion se mêlent, nous apprenant « de quoi nous sommes faits » et comment peuvent se mettre en place des « opérations salvatrices » à partir d’une pensée neuve des rapports entre passé, présent et avenir. « La mort n’existe pas. Il n’y a que la vie qui se termine. »
Certes cette épreuve de l’inconnu qu’est la disparition de l’autre, balaie les repères qui nous constituaient, nous plonge dans un état d’absolu resserrement et de détresse, qui peut conduire à la folie. Mais la fréquentation de la pensée chinoise lui ayant appris combien absence et présence s’entretiennent, Jean François Billeter, au lieu de se plaindre, agit. En ne cherchant pas d’images de Wen, en laissant venir l’émotion « quand elle veut, avec ou sans images », en rejetant le vocabulaire sinistre du deuil et en l’aimant « comme avant, sans changement », il renverse le négatif en positif. En laissant se superposer passé et présent, il rend le temps encore vivable. Il ne dit plus : « Elle me manque » mais cultive l’art de ne pas la déclarer absente en l’imaginant à ses côtés. « Surtout ne pas me dire qu’elle n’est plus là. Ce plus est un poison. »
Se rassembler, vivre dans l’aura de sa présence tissée de distance et d’accueil, « jouir du bonheur présent en imaginant que c’est le sien ». Faire du bonheur d’avoir vécu avec elle, un bonheur qui reste présent grâce à la mémoire, au pouvoir libérateur de l’émotion et au rôle troublant des rêves. Telle est la leçon de ce livre qui décrit, avec une élégance constante, les choses telles qu’elles se montrent et la façon dont on peut composer avec elles afin de donner un sens à ce qui n’est plus mais persiste.

Richard Blin

Une rencontre à Pékin et Une autre
Aurélia,
de Jean François Billeter
Allia, 160 pages, 8,50 et 96 pages, 7

Le commencement et la fin Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°188 , novembre 2017.
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