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Domaine étranger Tableau vivant

novembre 2017 | Le Matricule des Anges n°188 | par Dominique Aussenac

Avec un roman elliptique et virtuose, l’Espagnol Pablo Martín Sánchez réinvente le jour troublé de sa naissance.

Comme beaucoup de ses compatriotes ayant eu 20 ans à la fin du siècle dernier, Pablo Martín Sánchez quitta l’adolescence, un brin effaré. « Moi et les gens de ma génération, les enfants de la Transition, nous avons grandi heureux dans les années 90, avec l’illusion que cela avait été un chemin de roses, sans violence. Depuis, nous avons découvert les fissures du conte…  » Si Franco est mort en 1975, Pablo Martín Sánchez est né deux ans plus tard, quelque temps avant les premières élections démocratiques. 1977, l’année la plus violente de la Transition ! Elle débute par l’attentat d’Atocha à Madrid où de jeunes franquistes assassinent les membres d’un cabinet d’avocats. Elle sera ponctuée de manifestations et de plus de 4 000 arrestations. Depuis, le natif de Reus en Catalogne multiplie les expériences. Ex-athlète, ex-comédien, il se prend de passion pour Georges Perec et Julio Cortázar. Il découvre l’Oulipo (Ouvroir de littérature Potentielle), présente une thèse « L’Art de combiner des fragments », publie un recueil de nouvelles Frictions (La Contre Allée, 2016) et un roman non traduit, L’Homme qui s’appelait comme moi.
C’est à la façon d’une mosaïque qu’il construit L’Instant décisif. Il fait ainsi parler six personnages dont l’un deux est un chien, un lévrier maltraité et rêveur (Solitario VI), et l’autre un tableau représentant une aristocrate réactionnaire (Maria Dolores Ros de Olano y Figueroa). « D’où je suis, j’ai vu passer, deux dictatures, une république et cinq pontificats… » Un tableau a priori ne bouge pas, mais comme une caméra, il peut être déplacé. Il y a aussi une petite fille, Clara. Elle vit avec sa mère, a peur d’être harcelée à l’école par de méchants garçons. Un prof de fac, Gerardo, d’origine chilienne, a eu maille à partir avec les sbires de Pinochet, aussi mystérieux que sa conduite, que fomente-t-il ? Au cours d’une soirée arrosée, il passe la nuit avec une de ses étudiantes, la très délurée Carlota. Elle enquête sur les disparitions d’enfants qui ont émaillé la période franquiste. Des enfants de républicains, ravis à leurs parents et adoptés secrètement par des familles du régime. Tout cela se passe à Barcelone, de minuit à minuit. Même si un descendant du personnage du tableau, José Maria Raich y Ros de Olano, homme d’affaires machiste et sans scrupules, se trouve à Rome le temps d’une passe avec une prostituée. Il prendra l’avion et rejoindra la capitale catalane. Si ces protagonistes s’expriment à la première personne, ils donnent des avis contrastés d’un même événement, intime ou historique (les manifestations, la libération des mœurs, les enlèvements, meurtres ou actes terroristes des deux côtés, la préparation des élections…). Est évoquée aussi une autre petite personne que le narrateur tutoie (en italique dans le texte), un bébé. « Aujourd’hui tu vas naître. Tu ne devrais pas mais tu vas naître. Tu ne devrais pas parce que là, dehors, c’est l’enfer. » Tous ces personnages très divers finiront par se retrouver dans une unité de lieu, de temps et presque d’action. L’enfant naîtra, changera de maman, faisant échouer une autre tentative d’enlèvement. Même le lévrier, lui aussi ravi aux deux sens du terme y participera.
Pablo Martín Sánchez est le premier écrivain espagnol, et c’est très étonnant, à être coopté par l’Oulipo. Excellent conteur, très fin psychologue, il met en scène des personnages tour à tour attachants, repoussants, austères et fantasques. Il mêle et démêle plusieurs intrigues avec brio, sur fond de fresque historique dont il rend superbement la densité et l’intensité.
Dominique Aussenac

L’Instant décisif, de Pablo Martín Sánchez
Traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, La Contre Allée, 320 pages, 20

Tableau vivant Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°188 , novembre 2017.
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