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Théâtre Au royaume du Néther

janvier 2018 | Le Matricule des Anges n°189 | par Laurence Cazaux

L’Américaine Jennifer Haley explore les réalités virtuelles. Monde maléfique ou monde imaginaire ?

Le Néther est le deuxième texte de Jennifer Haley traduit et publié en français. Le premier, Quartier 3, destruction totale, était une pièce troublante qui traitait déjà du même sujet : les changements que produit la réalité virtuelle dans les relations entre humains. Des adolescents jouent à un jeu vidéo ultra-violent qui consiste à tuer des zombies. Le décor du jeu est identique au quartier où ils vivent. La frontière entre la réalité et le virtuel devient tellement poreuse que l’on ne sait plus, lorsqu’un adolescent parvient au dernier niveau du jeu, s’il a réellement tué sa mère qui vient de lui demander de fermer son ordinateur, ou s’il est resté dans le jeu.
Dans Le Néther, qui serait en quelque sorte le futur de notre internet, Jennifer Haley nous place dans un temps qu’elle considère comme très proche, dans un monde où la nature n’est presque plus réelle, les arbres ont quasiment disparu, les enfants ne sortent plus dans les rues, ils apprennent tous à l’école unique qui « a relégué tous les cours dans le Néther, sous forme de jeux éducatifs », les enseignants devenant juste des surveillants. Cette fois, les protagonistes sont tous adultes même s’ils endossent, pour certains, un avatar à l’apparence d’enfant quand ils se connectent. L’un d’eux, Sims, un homme d’affaires prospère, a créé la Cachette dans le Néther. Un lieu virtuel très lucratif mais aussi très secret, où chaque adulte se construit une personnalité imaginaire pouvant interagir en toute liberté avec d’autres personnages, créés eux aussi par d’autres adultes. La Cachette permet de vivre en dehors de toutes conséquences et ainsi d’assouvir toutes ses pulsions, même les pulsions de meurtre, de viol ou de pédophilie. Une jeune enquêtrice, Morris, est chargée de moraliser le Néther. Elle interroge Sims dans le but de connaître l’emplacement de son serveur et d’effacer son domaine. Elle questionne également un autre utilisateur de la Cachette, un certain Doyle, un professeur sexagénaire. Mais Sims, comme Doyle, refusent de livrer des informations et placent l’enquêtrice face à ses contradictions.
Cette pièce, conçue comme une enquête policière, avec un véritable suspense, doublée d’une dimension fantastique avec ces passages permanents entre les deux mondes, virtuel et réel, ne cesse de nous interroger. Un acte de pédophilie est-il condamnable s’il n’est que fantasmé ou joué par deux adultes consentants ? Évite-t-il le passage à l’acte, comme le justifie Sims ? À quel point le virtuel peut-il devenir réel ? Que signifie le besoin de vivre comme quelqu’un d’autre, comme dans un jeu de rôle ? Est-ce qu’à force d’être dans le virtuel, il est possible d’oublier jusqu’à la différence entre le bien et le mal ? L’amour virtuel, est-ce encore de l’amour ?
La pièce fonctionne comme une mise en abîme. Finalement, il est question de notre manière de concevoir la liberté, l’amour, ou encore la culpabilité, est-ce qu’elle se modifie avec les nouvelles technologies ? Ainsi, pendant l’interrogatoire, l’agent Morris explique : « Vous l’avez dit vous-même – le Néther devient notre principal cadre de vie. Si c’est comme dans la vie, les mêmes lois devraient s’appliquer ». Ce à quoi Sims répond : « Ce n’est pas la même façon de vivre ! C’est de l’imagination ! Les gens devraient être libres. C’est bien un endroit où tout devrait relever de la vie privée. »
Et lorsque l’agent Morris exile Sims dans le hors-Net, ce dernier la met en garde : « Vous ne savez pas ce que vous faites, agent Morris, en me renvoyant dans ce monde-là ». Elle lui répond : « Ce monde-là, ça reste l’endroit où il nous faut apprendre à vivre. Vous êtes libre de partir, Monsieur Sims. Vous êtes libre. »
Laurence Cazaux

Le Néther, de Jennifer Haley, traduit
de l’anglais (États-Unis) par Emmanuel Gaillot, Espaces 34, 82 pages, 15

Au royaume du Néther Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°189 , janvier 2018.
LMDA papier n°189
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