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Théâtre À hauteur d’oiseaux

janvier 2026 | Le Matricule des Anges n°269 | par Patrick Gay Bellile

Le conflit israélo-palestinien au centre d’une tragicomédie où l’humour le dispute à l’émotion.

Jérusalem, 2020. Dans la vieille ville, deux oiseaux vaquent à leurs occupations : un bulbul, espèce endémique paisible et casanière, et une drara, espèce invasive et volontiers agressive. L’un arrange son nid, l’autre cherche de la nourriture. Sur un écran est projeté le récit d’un drame qui a marqué la société israélienne et provoqué des manifestations de grande ampleur : alors qu’il se rendait au centre Elwin, une institution pour personne en situation de handicap, Iyad al-Hallaq, un jeune Palestinien de 32 ans, autiste, est abattu à bout portant par une patrouille israélienne croyant avoir affaire à un terroriste. Les deux oiseaux se chamaillent sur les circonstances exactes du drame, sur les témoignages et les récits des uns et des autres. Ils sont rapidement rejoints par un martinet noir, oiseau de passage migrateur qui passe son temps à dormir. Le bulbul et la drara vont le mettre au courant et lui raconter toute l’histoire, tout en continuant à s’asticoter sur fond de blagues et de jeux de mots.
Car ces oiseaux-là se moquent de nous, de nos travers, de nos mensonges. Ils s’amusent de nos contradictions qui poussées à l’absurde nous conduisent au pire. Et pour être sûrs de bien tout comprendre, les oiseaux rejouent le procès qui s’est tenu trois ans plus tard et a conclu à la relaxe des soldats, au motif qu’il s’agirait « d’une erreur de bonne foi ». Ils endossent successivement les rôles des différents protagonistes du procès, débattant et argumentant sur les responsabilités de chacun, les prises de décision, l’usage ou non des sommations, la psychologie du tueur. La drara s’indigne : « Je vois juste qu’il y a un autiste mort dans un local à poubelles et que tu t’inquiètes pour la santé mentale du tueur. » Le bulbul tente d’apporter des explications : « Tout le monde ici nait dans la peur, c’est malade, la peur de monter dans un bus, les attaques au couteau… » L’un et l’autre confrontent et affrontent leurs points de vue alors que le martinet, quand il ne dort pas, cherche à comprendre et entretient l’espoir : « Regardez les étoiles. Elles ne s’éteignent jamais vraiment. Même lorsque le ciel est noir, elles sont là, juste cachées, comme nous. Comme cette paix dont on parle mais qu’on n’ose toucher. »
Yuval Rozman est un dramaturge israélien, opposé à Netanyahou, déserteur de l’armée israélienne, et vivant désormais principalement en France. Au nom du ciel fait partie d’une tétralogie, La Quadrilogie de ma terre, quatre pièces dans lesquelles il explore et fouille sa relation avec Israël. Le fait d’avoir choisi des animaux comme protagonistes de la pièce offre une mise à distance face aux évènements et permet à l’auteur de ne pas tomber dans un affrontement strictement politique, vain et mille fois entendu. Ces oiseaux se posent des questions, ne remettent pas forcément en cause les propos des uns et des autres, cherchent à comprendre comment on peut arriver à tuer à bout portant ce jeune homme dont sa mère dit : « Vous avez abattu mon fils comme s’il ne comptait pas, comme si sa vie n’avait aucune valeur./ Mon fils, un terroriste ?/ Mon fils, un criminel ?/ Il avait peur des couteaux,/ Il avait peur du sang,/ Il n’a jamais tenu un couteau dans sa main./ C’est moi qui le rasais tous les matins./ Iyad, mon fils. »
À la fin, tandis que le bulbul et la drara font l’amour, c’est la voix de l’auteur qui prend la parole : « Alors, en tant qu’Israélien je demande à tous ceux qui sont arrivés jusqu’ici : ne faites pas d’Iyad une exception. Regardez le système. Faire de ce cas une exception est à mes yeux aussi cruel que de le justifier. » Un texte magnifique qui réussit, sur un sujet ô combien sensible, à être tout à la fois très drôle et très profond.

Patrick Gay-Bellile

Au nom du ciel, de Yuval Rozman
Les Solitaires intempestifs, 112 p., 15

À hauteur d’oiseaux Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°269 , janvier 2026.
LMDA papier n°269
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LMDA PDF n°269
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