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Domaine français Une vie à lire

janvier 2018 | Le Matricule des Anges n°189 | par Anthony Dufraisse

Georges Picard plaide en faveur de la lecture, cette leçon de vie permanente.

Georges Picard ? Tout sauf un pantouflard. Venu tardivement à l’écriture (à 30 ans passés), il n’a pas chômé depuis. Ce jeune septuagénaire a désormais une bonne vingtaine de livres à son actif, dont les plus connus Tout le monde devrait écrire ou Penser comme on veut. Écrire, penser, ces deux mots vont toujours de pair chez lui (tout comme, d’ailleurs, humour et humeurs). Sa façon de faire ressemble à celle d’un chat qui se glisse habilement dans les interstices et qui promène ses charmes discrets sans bruit, sauf quand il s’agit – un chat restant tout de même un chat – de sortir ses griffes de temps en temps. Georges Picard est un de ces essayistes rares (on pourrait, par exemple, le rapprocher d’un Denis Grozdanovitch ou d’un Didier Nordon) qui se comporte en philosophe facétieux (pour reprendre le titre d’un de ses livres), et va son chemin dans la « relative indifférence » des médias.
Le titre de son nouveau livre paraît d’abord un peu mou du genou, le bonhomme nous ayant habitués à plus énergique (De la connerie, Le Génie à l’usage de ceux qui n’en ont pas, L’Hurluberlu ou la philosophie sur un toit…). Puis on comprend vite qu’il reflète bien l’intention de son auteur : converser, un peu comme on adresse une lettre à quelqu’un, tout en défendant vigoureusement la singularité de celui qui entretient avec les livres un commerce viscéral.
Au fond, la préoccupation qui travaille Picard est assez commune à beaucoup d’écrivains (et de critiques) qui, à un moment ou un autre, interrogent l’art de lire et l’acte d’écrire. Beaucoup d’ouvrages ont d’ailleurs paru ces dernières années sur le sujet, et encore récemment : N’espérez pas vous débarrasser des livres (Carrière et Eco), Des livres pour vivre (Ferraroti), Petite philosophie du lecteur (Pernin), L’art de lire ou comment résister à l’adversité (Petit), Le Dernier Lecteur (Piglia), « Nous, on n’aime pas lire » (Sallenave)… Avec une originalité évidemment limitée, Picard nous incite donc à son tour à poursuivre autrement la réflexion amorcée par d’autres ailleurs. À la fois récit de vie et exploration d’une certaine intériorité, ses pages reprennent le questionnement sur « la lecture et l’écriture en général », à travers la granularité très fine de sa propre expérience. Le processus de l’immersion physique et cérébrale dans un ouvrage, l’incidence des œuvres sur la formation d’une sensibilité ou d’une vision du monde, la puissance infusée de l’imagination romanesque et les interrogations existentielles qu’elle suppose, le rapport fécond à l’altérité, l’hétérogénéité parfois radicale du regard de tel ou tel écrivain… de tout cela il est question dans ce livre conduit comme une « divagation », « une conversation amicale ». À partir, on l’a dit, d’une approche autobiographique (« Écrivant ce texte, je me mets obligatoirement dans une position centrale ») qui traverse par exemple l’enfance et l’éveil aux livres, l’époque où l’auteur était très politisé et donc plus dogmatique dans ses lectures ou encore ses affinités électives (Perros, Pirotte…), Picard cherche toujours à dépasser son cas personnel, à s’abstraire, flirtant parfois avec la métaphysique. Logique : la lecture est une science de l’être qui ne dit pas son nom. Car non seulement lire accroît notre champ d’expériences et de connaissances mais, dans cet enrichissement successif qui vaut palimpseste et métamorphisme, nous décentre sans cesse, bousculant nos principes de vie.
Outre une dimension philosophique très incarnée, ce livre est également travaillé par une inquiétude. Demain, qu’adviendra-t-il de l’amour des livres et de la passion de la lecture ? Face au « processus d’aliénation » porté par la ludique mais toute-puissante Technique, au vu des conséquences de « la grande fabrique de l’abêtissement et du décervelage », devant « l’incroyable métamorphose numérique (qui) semble rebattre les cartes au point que personne ne peut prévoir ce qu’il adviendra de la culture dense et de la réflexion posée », Georges Picard est à tout le moins perplexe. Perplexité, oui, quant au devenir de la conscience que les générations futures auront de l’épaisseur et de la profondeur du monde, de la complexité des êtres. Complexité, un terme qui revient souvent sous la plume de Picard car c’est sans nul doute le premier enseignement de son livre : « La littérature est une voie non suffisante mais nécessaire pour se familiariser avec l’extraordinaire complexité des choses et la diversité infinie des subjectivités ». CQFD.

Anthony Dufraisse

Cher lecteur, de Georges Picard
Éditions Corti, 189 pages, 17

Une vie à lire Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°189 , janvier 2018.
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