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Domaine français Oceano nox

février 2018 | Le Matricule des Anges n°190 | par Dominique Aussenac

L’amour d’une mère pour un fils enfui est le thème sombre, fertile et obsédant du nouveau roman de Gaëlle Josse.

Une longue impatience

L’image de femmes, avec coiffes ou sans, debout sur des rochers, le regard porté au loin, prend au contact de notre clinquante modernité, un petit côté désuet, régionaliste, voire des airs de chromo pétainiste. Comme si associer les femmes ou les mères à l’attente était une manière de toujours les aliéner… Mais l’écriture de Gaëlle Josse se moque des clichés, des formatages, des conventions. La lumière dont elle nimbe les gens ordinaires, majoritairement des femmes, diffuse quelque chose d’étonnamment vibratoire, d’animiste. Sa plume avive, enchante, réanime. Avec son premier roman Les Heures silencieuses (2011, Autrement), elle réinventait la vie, les tourments et les joies d’une femme, vue de dos, jouant du piano, dans le tableau d’un peintre flamand du XVIIe siècle. Neuf ouvrages plus tard, elle révèle celle d’Anne Quémeneur, veuve Le Floch.
Juste avant la Seconde Guerre mondiale, la jeune bretonne se marie avec un pêcheur dont elle a un enfant, Louis. Le marin meurt en mer pendant la guerre, obligeant Anne à travailler à l’usine de poissons. La vie est terriblement dure pour une jeune veuve. Les soldats allemands pressants, les regards des proches inquisiteurs. Anne ne succombera pas aux charmes de l’occupant. Comme ces femmes qu’on tondra à la Libération et qui de Duras à Josse n’en finissent pas d’être des laissées pour compte de la folie des hommes. Un d’entre eux, pharmacien, socialement installé, s’éprend d’elle. Son erreur n’est pas de lui faire deux enfants, mais de corriger son beau-fils à coups de ceinturon. Louis prendra la mer qu’il sillonnera pendant des années, alors que sa propre mère vivra dans une attente fervente et angoissée. Il est là question de lutte des classes, concept volontairement occulté depuis les années Mitterrand. Pourtant dans certains milieux, populaires ou pas, aujourd’hui encore passer d’un côté de la rue à l’autre s’apparente à de la haute trahison. La perte du fils n’est en fait, pour elle, que le prix à payer pour s’être installée dans un monde qui n’aurait jamais dû être le sien. Isolé dans cet entre-deux, cette double perte, Anne Quémeneur va survivre en écrivant des lettres à un fils invisible, peut-être à jamais perdu en mer. « Lorsque tu reviendras, mon fils, mon fils parti voyager sur la peau du monde, mon fils coureur de mer, ce sera une fête. » À l’instar de l’héroïne du Festin de Babette de Karen Blixen, de missive en missive, elle lui concoctera un banquet de retrouvailles. « Pour ce plat, je trouverai sept ou huit poissons différents, il faut faire large. Ensuite, je le ferai presque les yeux fermés. C’est tout un monde bouillant, parfumé, qui va mijoter là…  » Peu à peu, ses cheveux blanchiront, sa toux s’amplifiera, les regards extérieurs resteront guère amènes. Tous les jours, Anne retrouvera sa vieille cahute de pêcheurs, s’éternisant devant un site beau et sinistre, un trou de mer où les eaux peuvent, d’un saut, anéantir tout espoir. En parallèle, en Pénélope non virtuelle, elle brodera la tapisserie de sa vie, de ses joies, ses espérances. Retrouvera-t-elle le fils enfui ? Peu importe. Par des mots simples, des mots d’abondance et de privation, des images, des fils de coton, elle aura laissé trace, fait œuvre de son inquiétude, sa ténacité, sa créativité de femme, de mère isolée, désolée, espérante et désespérée dans un monde hostile, implacable où toute chose, tout être, doit rester à sa place. « Sous mes gestes de chaque jour, il n’y a que du vide. De la place pour les songes apportés par le vent, pour les mots racontés par les flots. »
L’écriture de Gaëlle Josse, très poétique, atteint ici une dimension élégiaque tout en pudeur et retenue. Écrit à la première personne, Une longue impatience ne flirte pas avec la nostalgie d’un monde terriblement noir, terriblement dur, mais sourd de mélancolie, une lourde laitance douce-amère.

Dominique Aussenac

Une longue impatience, de Gaëlle Josse
Notabilia, 176 pages, 14

Oceano nox Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°190 , février 2018.
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