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Domaine français Une hostile assonance

mars 2018 | Le Matricule des Anges n°191 | par Camille Cloarec

Peinture sans concession du monde de demain, Crépuscules de Joël Casséus annonce la mort programmée de notre civilisation.

L’univers dans lequel nous fait pénétrer Crépuscules est glaçant, voire horrifiant. Une sorte de descente aux Enfers qui mélangerait Dante à Orwell, la poésie à la dystopie, le présent au futur. Dans une zone floue, dévastée par la guerre, des hommes tentent péniblement de survivre. Ils vivent au-dessus de drones, dans des wagons abandonnés, et mangent de la soupe de boue. Le jour et la nuit, ils collectent des déchets. La peur est omniprésente. Chaque étranger est suspecté de poursuivre de « sombres desseins », l’unique route qui traverse le camp est une menace permanente.
Méfiants, renfermés, ces réfugiés ressemblent étrangement à des fantômes, noyés dans la froideur de l’anonymat. De simples pronoms ou périphrases (« le voisin », « le père de mon enfant ») les définissent. Et nous voguons d’une conscience à une autre, selon de brefs paragraphes. Plusieurs personnages se distinguent pourtant, au cœur de cette ambiance lourde et poisseuse. Il y a d’abord celle qui porte la vie, une femme enceinte juste arrivée ; il y a aussi le bâtisseur, qui a fondé le bidonville ; il y a enfin les jumeaux, ces « deux créatures sauvages ». Chacun d’entre eux représente une image forte et brute de l’humanité qui résiste, qui s’obstine. Les thèmes de l’enfance et de la maternité, qui font partie des sujets de prédilection de l’auteur, teintent de tragique le récit. Ici, les mères renient leurs bébés, et « la mort des enfants vient marquer la vie  ». Ici, l’avenir est mort-né.
L’écriture de Joël Casséus, qui choisit d’ouvrir son roman avec une citation de Virgile, est pétrie de symboles. Le ciel, que l’on devine opaque, est pourtant l’objet de poignantes comparaisons, comme s’il était la seule échappatoire possible. Ainsi « les nuages sont le long déroulement de tripes des rêves d’enfants éventrés grimaçant dans un ciel que nous cherchons à ne pas regarder », ou encore les crépuscules « troublent déjà le jour par leur désir d’être, par leur désir de vivre, de tout couvrir de leur rassurant désespoir ». La plupart de ces figures poétiques sont fondées sur l’opposition, qui réunit en séparant, ou bien sépare en réunissant, c’est selon. Le titre du roman, Crépuscules, qui oscille entre lumière et noirceur, en est une illustration saisissante.
Mais le texte de Joël Casséus, auteur québécois né en Belgique d’une mère wallonne et d’un père haïtien, est avant tout politique. Son ambiance hagarde ne rappelle que trop la crise migratoire, la montée des extrémismes et les guerres destructrices actuelles. Il se situe dans un espace-temps flou, mais globalement proche du nôtre, où tout est trop tard. L’humanité entière est contaminée, condamnée, coupable « d’une faute de nos pères ou du père de nos pères. Nous ne le savons plus.  » – et ce sont bien cet oubli, cette inconscience, qui sont les plus graves.

Camille Cloarec

Crépuscules, de Joël Casséus
Le Tripode, 162 pages, 16

Une hostile assonance Par Camille Cloarec
Le Matricule des Anges n°191 , mars 2018.
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