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avril 2018 | Le Matricule des Anges n°192 | par Laurence Cazaux

Entre « la grosse bouche bavoteuse » et « les baratins qui font du gris de l’aube à la nuit », la langue de Synge nous transporte en terre inconnue.

John Millington Synge est né en 1871 en Irlande. Après avoir étudié les langues et la musique, il se consacre à la littérature. L’histoire raconte que Synge est parti sur les îles d’Aran, symboles de l’Irlande authentique, au contact d’une population vivant de la récolte du varech et de la vente de la tourbe, souvent menacée par la famine. L’écrivain a souvent dépeint dans ses pièces des petites gens d’un monde rural pauvre et rude. Ses portraits et la façon dont il faisait parler ses personnages étaient plutôt novateurs. Sa pièce la plus connue, Le Baladin du monde Occidental, a ainsi provoqué une semaine d’émeutes à la suite de sa représentation. Son œuvre a également influencé des auteurs comme Beckett, Joyce ou Artaud.
La Source des saints ne se laisse pas aborder facilement. On est obligé de relire plusieurs fois certaines répliques et de les proférer à voix haute tant la langue est dense et en même temps toute de travers, que ce soit au niveau de la ponctuation, de la concordance des temps ou de la structuration de chaque phrase. Dans le dossier qui accompagne la pièce, il est question de la traduction radicale effectuée par Noëlle Renaude. Elle raconte comment elle a changé de point de vue sur l’écriture de Synge, la prenant au départ pour « la langue bourbeuse, charnue d’un barde gaélique chantant les vents et le petit peuple de l’Irlande ». Mais très vite elle s’aperçoit qu’elle n’imite pas un idiome, « c’est juste la langue singulière d’un écrivain d’une incontestable modernité. (…) Elle fabrique de l’inédit, de l’inouï ». Elle explique : « Faire entendre la langue de Synge dans la nôtre, c’est ce que j’ai tenté, cherchant à reproduire ces tout petits sons, monosyllabiques souvent, onomatopées, cris de bêtes, sifflement de vents, molécules de matière, les pulsant en respectant trous d’air, hiatus, apnées, souffles, allitérations. (…) – ma ponctuation est exactement la sienne, déréglant la logique syntaxique française –, j’ai réinventé en quelque sorte, pour mon propre compte, sa méthode ».
L’histoire met en jeu deux mendiants aveugles : Martin Doul et son épouse, Marie Doul, une femme laide qui approche de la cinquantaine. Les habitants des environs ont persuadé Martin que sa femme est une beauté. Alors quand un saint qui a le pouvoir de guérir la cécité arrive, Martin et Marie n’hésitent pas une seconde. Mais lorsqu’ils recouvrent la vue, ils découvrent le délabrement physique de leur compagnon d’infortune. Leur joie, de courte durée, se transforme en un pugilat mémorable. Marie se défend : « Si je ne suis pas si belle que disaient certains, j’ai mes cheveux, puis mes grands yeux, puis ma peau blanche. » Ce à quoi répond Martin : « Tes cheveux, puis tes grands yeux, tu dis ?… Y a pas une touffe je te le dis sur de la rosse grise sur le faîte du monde qu’est pas plus belle que ce tortillas crasseux sur ta tête. Y a pas deux yeux dans de la truie en famine, qui sont pas plus beaux que les yeux que tu disais bleu de mer. » Les deux se séparent et vont devoir gagner leur vie chacun de leur côté. N’étant plus aveugles, ils ne peuvent plus mendier. Tout se passe au plus mal. Lorsque le miracle s’arrête, de nouveau aveugles, ils vont pouvoir se retrouver. Et s’opposer farouchement au deuxième passage du saint qui pourrait les guérir définitivement. Refuser un miracle, ça ne se fait pas. Les habitants les excluent. Ils reprennent la route et vont pouvoir réentendre et réenchanter d’une certaine manière le monde. Une parabole où les aveugles et les clairvoyants ne sont pas ceux que l’on croit.
Cette Source des Saints est un drôle de mélange, entre le trivial, le sacré, le païen, la nature, la petitesse et la grandeur aussi, un texte à mâcher et remâcher, à mettre en bouche et en corps, un long temps.

L. Cazaux

La Source des saints, de John Millington Synge
Texte français : Noëlle Renaude
Éditions Théâtrales, 60 pages, 10

Voir ailleurs Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°192 , avril 2018.
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