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Théâtre Utopie galopante

avril 2018 | Le Matricule des Anges n°192 | par Patrick Gay Bellile

Avec Zone à étendre, Mariette Navarro appelle à trouver le chemin pour fuir un monde éparpillé et rêver d’un futur inouï.

Cela commence comme un fourmillement, une démangeaison, une impatience. Une urgence. La sensation qu’il ne faut plus rester là. Le constat est clair : « On ne peut pas se contenter de l’émeute. On ne peut pas se contenter de la plainte et du constat. » Plus tard, peut-être, ce sera trop tard. Autour, tout bouge, se prépare, discute et semble vouloir se mettre en route. Les voix chuchotent dans la nuit, les petits bruits annoncent le départ, il règne comme un air de conspiration. Alors bien sûr, il faut se joindre au mouvement, ouvrir les yeux, sentir que le moment est venu et qu’il convient d’atteindre la grande forêt, pour s’y fondre, devenir arbre à son tour et rejoindre la clairière. Mariette Navarro nous demande dès le début, de lui faire confiance. Elle ne sait peut-être pas où va son texte, mais elle sait qu’il est une nécessité : « Et l’écriture ne savait plus comment suivre. Et l’écriture, comme la vie, ne savaient pas où aller. Quelle forme prendre maintenant. Et comment faire, pour ne pas être en retard sur le présent, et encore moins sur le futur », dit-elle sur son blog dont le nom est à lui seul tout un programme : Petit Oiseau de Révolution. Car trop d’événements arrivent, se télescopent, se frôlent et se ressemblent pour qu’il y ait là une simple coïncidence. Ces zones menacées qu’il faut défendre, ces nuits passées debout, l’envie de retrouver un monde naturel, de reprendre sa place entre fougères et coccinelle, entre la source et le renard, ce petit renard qui piaffe à l’intérieur et demande à sortir.
Le texte parle d’un mouvement et dans le même temps il est ce mouvement. Il espère un monde nouveau, mais il est aussi ce nouveau monde. Le chemin devient petit à petit familier, passé les premiers obstacles. Ce sont des retrouvailles. « On ne peut plus se perdre. Tous les chemins mènent à la clairière. » Car le monde nous appartient et nous appartenons au monde. Et il faut soudain donner corps à ces envies impérieuses ; elles sont comme un rendez-vous, une promesse faite il y a longtemps et qu’il faut maintenant tenir. Sentir que l’on n’est pas seul, et que pour changer le monde il faut d’abord se changer soi, surmonter des peurs, vaincre des fatigues, affronter des évidences, et puis être modeste : « Nous ne sommes pas des découvreurs, des pionniers, ni des fondateurs. Pas des héros. (…) Nous traçons une petite brèche dans le monde. Un endroit pour le calme ». Une fois dans la clairière, il convient de le bâtir ce monde. Prosaïque. « Est-ce qu’il faut construire soi-même sa cabane ? Oui. Et il faut la détruire quand on s’en va.  » Un marteau, une poignée de clous, échafauder une cabane ou se loger en haut des arbres. Dormir à même la terre ou partager un logement. S’organiser. Monter un hôpital de campagne. Venir en aide à l’enfant tombé de l’arbre. Certains craquent et repartent, mais l’utopie bat son plein : les militaires venus déloger les indésirables seront touchés par la grâce et repartiront en ville, « un peu rêveurs et mystérieux, et ne raconteront rien ».
Le texte pourrait sembler naïf, simpliste et trop joyeux, l’histoire trop évidente pour être tout à fait honnête et relever d’un projet baba cool de retour à la nature, entre tisanes et méditation. Mais la poésie s’en mêle et va bien au-delà.
Zone à étendre est un conte, une histoire à entendre le soir sous les étoiles ou dans un duvet bien chaud tandis qu’il neige à l’extérieur. Dans cette histoire, il y a de la magie, du rêve, Shakespeare et des rayons de soleil. Il y a Thoreau et sa vie dans les bois et des enfants qui jouent et nous aident à refaire le monde. Mariette Navarro nous entraîne au creux de ses rêves, les rêves de ceux qui ont envie de changement, d’un monde qui aurait retrouvé des couleurs, et qui, pour ne pas être en marche, conviennent néanmoins de se mettre en route. Faire le grand ménage dans les têtes d’abord. Changer de monde et d’apparence afin que le jour venu de la grande évacuation, les bulldozers ne trouvent rien. « Et même après mission bétonnage, c’était encore la forêt. » Car la forêt est indestructible. Et nous en sommes les arbres. Merci Mariette Navarro, votre texte pourrait faire chanter nos lendemains.

Patrick Gay-Bellile

Zone à étendre, de Mariette Navarro
Quartett, 144 pages, 14

Utopie galopante Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°192 , avril 2018.
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