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Domaine étranger Leçon de conduite

avril 2018 | Le Matricule des Anges n°192 | par Anthony Dufraisse

La Danoise Dorthe Nors signe une tragicomédie sur l’instabilité existentielle.

Ceinture, rétro, clignotant

Connaît-on Dorthe Nors en France ? Pas sûr. Sauf erreur, c’est la première fois qu’on traduit en français cette Danoise née en 1970 et dont Junot Diaz, le prix Pulitzer 2008, nous dit – c’est écrit sur la première de couverture – qu’elle est « fantastique ». Sous les couleurs d’une romancière présentée comme woodyallénienne, disons, elle en impose surtout par son sens de l’introspection dans la veine, toutes proportions gardées bien sûr, d’une certaine Virginia Woolf. Le roman met en scène Sonja, « une femme à la mi-temps de sa vie », à Copenhague. Surnommée « la Massaï » par son beau-frère « parce qu’elle est tellement grande », cette traductrice de polars suédois n’est heureuse ni dans son métier (elle voit passer trop de macchabées) ni dans ses amours, conjugués au passé. À 40 ans, elle passe le permis. Enfin, elle tente, car chaque leçon de conduite lui est un calvaire. Prendre le volant la déstabilise : « Je n’arrive pas à passer les vitesses », confie-t-elle, indiquant par là, plus profondément, qu’elle ne sait pas conduire sa vie.
La métaphore est transparente, évidemment, et renvoie à la situation existentielle de ce personnage de femme esseulée à qui rien n’arrive et qui n’arrive à rien. Elle fait une fixation sur cet apprentissage difficile du permis : « Mon malaise est l’expression d’une angoisse sous-jacente de l’inadaptation », pense-t-elle en singeant le langage psy. Autre signe qui illustre et traduit son mal-être : de récurrents « vertiges positionnels » qui font dire à sa masseuse : « Il y a quelque chose dans ta vie qui tangue. Quelque chose qui ne sait pas sur quel pied danser ». Chaque personnage secondaire, dont Sonja semble vouloir se tenir à distance (une distance contrariée), accentue son isolement : Ellen, la « massothérapeute », Molly, la copine psy, Kate et Frank, la sœur et le beau-frère qui n’offrent que des liens familiaux distendus, Folke, le moniteur d’auto-école.
À proprement parler, il n’y a rien de romanesque dans ce roman qui est essentiellement une phénoménologie de la vie intérieure. Le lecteur s’attache à cette héroïne qui n’en est pas une, tout comme n’en était pas une Mrs Dalloway. Et voilà qu’on en revient à Virginia Woolf et ce désormais fameux courant de conscience (stream of consciousness, en VO) dont elle est l’une des plus emblématiques représentantes. Avec certes moins de finesse et de complexité que sa prestigieuse devancière anglaise, Dorthe Nors nous fait entrer dans l’intimité des pensées et des fêlures de son personnage, notamment par le biais des italiques, sans guillemets, qui transcrive sa perception intérieure du monde. Roman sur le plein et le vide, l’être et le non-être, la singularité existentielle et la conformité sociale, Ceinture, rétro, clignotant donne à voir une femme qui refuse tant bien que mal d’être tétanisée par la résignation, et se trouve, pour cette raison, toujours plus clivée : « Sonja a plus de quarante ans et se trouve à deux endroits à la fois. Dans une petite rue d’une capitale qui ne veut pas d’elle. Et au milieu d’un paysage lointain. C’est une adulte qui joue le rôle d’une adulte, mais aussi une enfant qui ne veut pas apprendre ses leçons, qui ne veut pas s’adapter et ne veut pas être comme les autres ni penser comme eux, quoi qu’ils puissent penser. Elle veut être libre, complètement libre et c’est pour cela qu’elle doit s’échapper ».
C’est là un passage très révélateur de la psychologie désunie, dissociée du personnage qui ne demande qu’à se débarrasser des apparences, comme une mue, comme on abandonne une ancienne peau. Quête d’une improbable plénitude, ce roman de Dorthe Nors est moins drôle que l’éditeur ne le laisse entendre ; mais grave, grinçant. Cette écrivaine danoise est donc à découvrir et reste à souhaiter que Delcourt traduise ses nouvelles ou l’un des quatre autres romans qu’elle a déjà publiés.

Anthony Dufraisse

Ceinture, rétro, clignotant, de Dorthe Nors, traduit du danois par Catherine Renaud, Delcourt, 198 pages, 19

Leçon de conduite Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°192 , avril 2018.
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