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Domaine français Révolution terrestre

avril 2019 | Le Matricule des Anges n°202 | par Thierry Guichard

Partis faire le tour du monde sans avion, Tanguy Viel et Christian Garcin ramènent un livre où la géographie tient moins de place qu’une certaine expérience du temps.

L’un, Christian Garcin, nous a déjà livré quelques livres, romans ou récits, aimantés à des horizons lointains : la Chine, le lac Baïkal, la Sibérie, la Mongolie ou les USA – comme dans son dernier roman paru. L’autre, Tanguy Viel, au mieux, nous a bien présenté un Paris-Brest : roman faussement ferroviaire quand c’est la mémoire qui s’explore plus que le paysage. Et pour le reste : des fictions qui s’ancrent résolument dans la littérature et, de plus en plus, en rade de Brest. Pourtant, et à la surprise du second, c’est bien ensemble qu’ils ont décidé de partir, cap vers l’Ouest, dans un tour du monde prévu pour durer environ 100 jours. Pas d’avion au programme, et une bande étroite entre les 35e et 55e parallèles, de laquelle il ne faudra pas sortir. Les deux globe-trotters l’avouent d’emblée : il ne s’agit pas de partir en aventuriers, mais de s’ouvrir à ce que le voyage propose, quand bien même on est coincé des jours durant sur un porte-conteneurs géant. Ce long périple est donc raconté à deux voix, chacun la sienne, qui se succèdent sans que l’on sache toujours qui écrit le chapitre qu’on lit, même si l’un parlant de temps en temps de l’autre, la déduction parfois est aisée.
On embarque donc à Marseille, sur un porte-conteneurs qui d’abord reste à quai : l’équipage (Russes, Ukrainien, Polonais, Roumain et Philippins) parle « cet anglais des navires qui n’a sans doute rien à envier à celui des aéroports, mais qui nous signifie que cette fois, voilà, même encore à quai, on est vraiment partis. » (Viel). Cap est mis sur l’Amérique et d’abord sur New York, ville-état selon les deux voyageurs. Ce sera ensuite Chicago, puis la traversée du vide américain selon une diagonale Nord-Est/Sud-Ouest vers la frontière mexicaine et le Pacifique où un deuxième monstre des mers les embarquera pour le Japon. La Chine ensuite, Pékin et Shanghai, la grande Russie et le lac Baïkal, le retour déjà vers l’Europe avec, pour ultime étape, une visite à Auschwitz qui donne le seul texte du livre écrit à deux mains.
Le livre alterne donc les points de vue de chacun, mais s’ouvre aussi sur de drolatiques listes de proverbes énoncés selon des circonstances qui sont rapportées. Les supporters de l’équipe de France de foot se reporteront aux pages 264-265 où chaque match du Mondial de la bande à Deschamps est commenté ; nos deux bourlingueurs ayant pris le luxe de ne rater aucune rencontre des Bleus et d’être en Russie pour la finale.
On ne lira pas tant ce livre pour découvrir quelque chose du monde (des Américains ou des Chinois) que pour saisir l’expérience à quoi ouvre le voyage. Le monde n’est pas autant le sujet du livre que l’est le temps du voyage, ce temps étrange, élastique et sensible du déplacement. Ce temps-là et l’amuïssement des repères habituels transforment le voyageur en cela qu’il n’est plus celui qui traverse des paysages, des villes, des campagnes, mais celui qui en est traversé. C’est de cela qu’il est question dans le livre : écrivains, nos deux narrateurs sont saisis aux États-Unis par l’onomastique indienne (« Si une chose a survécu au massacre des Indiens, c’est bien elle, la langue – la langue qui partout se venge et hante le territoire ».) Attentifs aux représentations, ils percent les clichés qui ont (mal) nourri leur imaginaire sur l’Asie, font l’expérience presque mystique (pour Tanguy Viel) du paysage quand celui-ci s’impose aux images imposées par la télévision. Voyage singulier dont ils partagent avec nous quelques moments, ce Travelling, se dit-on, devrait inaugurer une collection qui accueillerait chaque année le récit d’un voyage à deux et finirait par dresser un art de vivre l’esprit ouvert.

T.G.

Travelling, de Christian Garcin et Tanguy Viel
JC Lattès, 286 pages, 18,90

Révolution terrestre Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°202 , avril 2019.
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