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Poésie Foreurs de langues

avril 2019 | Le Matricule des Anges n°202 | par Thierry Guichard

Le Mexicain José Vicente Anaya et le Français Christian Prigent figurent dans la salve poétique que la collection « Al Dante » inaugure aux Presses du réel. On s’en réjouit.

Intégré depuis l’an dernier dans les publications des Presses du réel, le catalogue Al Dante renoue avec la tradition avant-gardiste en proposant pour ce printemps 2019 une salve de titres venus parfois d’un passé récent. C’est le cas notamment de Híkuri, du Mexicain José Vicente Anaya, publié en 1978 au Mexique. Membre fondateur du groupe des poètes de l’infraréalisme (avec notamment Roberto Bolaño) héritiers de Dada et de la Beat Generation, José Vicente Anaya écrit Híkuri après, nous dit Florence Malfatto sa traductrice, « une longue errance au nord-ouest du Mexique, en pays Tarahumara. » Híkuri (« peyotl » en rarámuri, nous explique-t-elle) ressemble à une plongée hallucinée, dans le désordre de la langue, vers un lieu originel et organique que tente d’atteindre une langue peuplée d’images surréalistes, rythmée par une typographique mouvante et saccadée : « JE DÉCHIRE LES SPHÈRES / QUI BORNENT MON ESPACE / Ma circonstance est Autre/ Je serai oui / Je serai non/ J’ai été le même jamais et convulsionné/ chargeant de pesants maillets/ pour me rompre les serrures/ le seul /infini véritable est le présent ». S’il fait, dans ce texte, référence à Artaud, Anaya saisit aussi les vibrations que lui font parvenir les cultures mexicaine, européenne et américaine pour les incorporer, comme en un collage éclaté, à la matière même du poème. Il transperce les images et les langues comme pour y trouver le mantra suprême, celui peut-être du « Nom Véritable (qui) ne s’écrit pas ». Le recueil se prolonge d’un court extrait d’un manifeste infraréaliste qu’a écrit l’auteur comme on déclare une guerre. « La beauté telle qu’elle se façonne aujourd’hui selon des critères anciens, voit le jour déjà morte et cantonnée à l’univers bourgeois où elle devient somptuaire. » Anaya ajoutant que la beauté : « est INDÉPENDANTE des institutions, et étrangère aux conseils des vieilles badernes et des disciples proférateurs d’anathèmes. » De quoi, en 1978, habiller le printemps des poètes 2019 pour l’hiver…
D’une même génération qu’Anaya et comme lui grand lecteur d’Artaud, Christian Prigent avec Poésie sur place traverse également la surface de la langue pour tenter de retrouver le liquide amniotique duquel elle est sortie. S’appuyant sur une perception de la peinture comme matière avec quoi dire quelque chose du monde, l’auteur de Ceux qui merdRent (P.O.L) malaxe mots et syntaxe pour trouer dans la langue ce qui nous empêche d’être, directement, au monde. Poésie sur place se présente comme la partition du CD qui l’accompagne et qui permet de retrouver la voix de Christian Prigent et celle de Vanda Benes dont les lectures donnent à la poésie une présence aussi physique que rythmique. Qui n’a jamais entendu ces lectures sait désormais quel projet il lui faudra mener à bien. À la différence d’Anaya, ce n’est pas l’état halluciné qui précède l’écriture (la prise de peyotl n’est pas au programme), mais c’est par un travail joyeux et virtuose sur les mots, les syllabes, le détournement du sens que l’effet hallucinatoire prend effet. Les textes enregistrés (et publiés) ici jalonnent plus de quarante ans d’écriture et de performances, depuis « La leçon de chinois » (1977) jusqu’à l’inédit « Zoorthographe d’usage » (2018) hilarante mise en lumière de l’imbécile écriture inclusive. Et si le rire de l’auditoire vient parfois, sur l’enregistrement, ponctuer telle saillie, tel jeu de mots, c’est bien que le poème a réussi son pari : « faire éprouver le poids de langue hétérogène, incentré, troué et dissonant dont est faite la rumeur de fond d’où tout écrit tire le matériau qu’il va formaliser. » Comme quoi, le poète a pensé le chemin susceptible de conduire à l’impensé…

T. G.

Híkuri, de José Vicente Anaya
Traduit et présenté par Florence Malfatto, 71 pages, 10
Poésie sur place (livre + CD), de Christian Prigent, 107 pages, 15
Les Presses du réel, « Al Dante »

Foreurs de langues Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°202 , avril 2019.
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